Deimoss a écrit : ↑dim. juin 14, 2026 9:51 am
Ok, ce projet à la con semble être un moyen de justifier l'existence de son silo à grain qui pète plus de fois qu'à son tour parce qu'il n'arrive pas à concevoir le fameux projet martien et encore moins lunaire pourtant jugé plus accessible
Attention à ça, c'est trompeur parce que ça fait partie de la stratégie de SpaceX : là où la NASA a une tradition, très secteur public, de blinder ses essais en mode "ceinture et bretelles" pour maximiser les chances de succès, ce qui fonctionne mais prend beaucoup plus de temps (avec un coût important en moyens humains), SpaceX procède de manière complètement différente, par essai/erreur, ceci afin de recueillir le maximum de données et d'avancer globalement plus vite. Dans cette optique, le coût matériel est plus élevé. Donc il ne faut pas croire que SpaceX vole d'échec en échec avec son Starship, certes il y a des revers et ça ne va pas aussi vite que prévu, mais c'est aussi la stratégie de développement qui est différente et le risque de crash/explosion/whatever est assumé.
Après techniquement, on sait envoyer des gens vers Mars, les faire atterrir, survivre sur place et redécoller pour revenir. Le souci c'est de concrétiser cela avec des systèmes fonctionnels de façon pratique. On sait quoi faire, on ne l'a jamais fabriqué et on n'atteint pas les niveaux de robustesse et efficacité nécessaire. Donc en théorie, oui on peut. Dans la pratique, on va dire que les chances de survie des équipages feraient passer les chances de survie de l'équipage d'Apollo 11 pour un succès assuré quand dans les fait on était plus proche de 0.5% que des 50 et pas d'une petite marge.
Alors je pense qu'on est globalement d'accord mais on n'a pas tout à fait la même manière de le dire. Quand je disais "on ne sait pas faire", je voulais dire "on sait ce qu'il faut faire mais on ne sait pas comment faire".
- on sait qu'il faut protéger l'équipage des rayons cosmiques, on sait que ça demande en particulier d'entourer le vaisseau d'une épaisse couche d'eau. Sauf que ça augmente considérablement le poids dudit vaisseau, ce qui demande beaucoup plus de carburant, ce qui augmente encore plus le poids etc. et c'est un cercle vicieux qu'on ne sait pas résoudre aujourd'hui.
- on sait qu'il faut gérer les conséquences psychologiques d'un confinement extrême et d'un éloignement extrême pendant une durée extrême (18 mois à 3 ans), et on a des techniques pour ça mais on sait aussi qu'il y a d'énormes inconnues, la psyché humaine n'étant pas une science exacte.
- on sait qu'il faut aussi gérer les effets du délabrement physique liés au long séjour en impesanteur. Pour rappel, le record absolu de séjour dans l'espace est d'environ 1 an, là on parle d'une durée jusqu'à 3 fois plus longue. On sait qu'une solution serait d'avoir un module qui tourne comme une roue, mais techniquement on ne sait pas le faire
- je réitère : on ne sait pas atterrir sur Mars. On sait faire
tomber des trucs sur Mars sans qu'ils se cassent, c'est différent : les rovers, par exemple, sont enfermés dans des espèces de "ballons-bulles" gonflables qui rebondissent à la surface et absorbent les chocs. Une fois immobilisé, le ballon se dégonfle et le rover sort. Mais c'est une chute contrôlée, pas un atterrissage. Impossible de faire ça avec un module de type "LEM", encore moins avec un starship. Les processus de rentrée atmosphérique sur Mars sont bien plus complexes que sur la Lune, en raison de l'atmosphère justement. Les américains appellent ça les "7 minutes of terror" et, pour rappel, 50% des "atterrissages" sur Mars, toutes agences confondues, ont été des échecs.
- dernière chose : l'acceptation sociale du danger. A l'époque d'Apollo, les astronautes étaient avant tout des militaires, des pilotes, des mecs très physiques qui avaient parfaitement intégré la possibilité de mourir et qui l'acceptaient. C'est moins vrai aujourd'hui, avec un recrutement plus diversifié, avec des ingénieurs, des scientifiques etc. Par ailleurs, est-ce que les sociétés occidentales accepteront facilement que des mecs meurent à x millions de km de chez eux et que c'est pas grave, on prend les suivants et on recommence ? Rien n'est moins sûr. Culturellement, ça passerait sans doute beaucoup mieux chez les chinois.
Bon, je digresse un peu sur des trucs qui relèvent plus du fil sciences, désolé...