Salúd arpenteurs du vendredi du dodécaèdre, même si on a joué samedi.
Quelques membres seulement s'en sont rendus compte : notre "groupe" s'est enfoncé un peu plus hier dans l'horreur indicible des Essarts. Effectivement, c'est avec toutes les peines du monde que nous avons sauvé notre compagnie de la dissolution, de l'implosion et de la disparition pure et simple.
Après une semaine de repos et d'insouciance pour célébrer le nivodeux nouveau, c'est in extremis que nous avons pu nous extraire de cette auberge, où s'était concentrée l'essence du mal qui frappe ces terribles contrées du malheur.
Après ces quelques jours ô combien nécessaires pour nous ôter notre crasse lassitude, le mal s'est insinué dans les cœurs des plus faibles d'entre nous, la division a jailli des poitrines où elle couvait et le sang aurait dû couler, n'était-ce la protection de Dugall et la vigilance de ceux qui ont senti, telle une gangue palpable, la haine et le désespoir se resserrer sur nous. Nous nous décidions enfin à quitter, le lendemain, Percemaille, unis et soudés comme rarement, reposés et équipés.
Telles de précieuses graines de vie et de droiture, les sagesses de St Dugall se déposaient lentement dans les cœurs durs et encore stériles de mes compagnons. J'expliquais notamment comme la noblesse était indispensable à la masse inculte comme le 1 l'est aux multiples 0 qui viennent après lui. La concorde sociale s'établissait, chacun était à sa juste place et la nuit s'écoulait, paisible.
Mais la main occulte désolant les Essarts en décida autrement.
Elle nous fit rencontrer, au cours d'une conviviale soirée, modérément arrosée, le très célèbre capitaine mercenaire
Balthazar, jouet dérisoire des forces maléfiques ourdissant leur machination, la griffe infectée profondément et anciennement plantée dans ces Essarts où se décideront bien des choses. Homme avisé le capitaine tenta de recruter le redoutable
Cylenzara, mais aussi de séduire le nain
Devlin. Ce penchant pour les nabots ruina ses velléités de recrutement,
Cylen lui rétorquant quelque chose en rapport avec la fidélité (amoureuse probablement ou peut-être voulait-il parler de loyauté?). Le capitaine, esthète amateur de gladiateurs, quelque peu agacé, fracassa le nez de l'ivrogne dit
Lemoine, pour bien lui signifier sa laideur. C'est alors que
Leborgne qui venait d'écouter votre serviteur
Belgotten lui parler du bel agir et du paladinat se mêla du combat, voulant racheter le déshonneur sans fond de l'ivrogne édenté, fort heureusement bien trop aviné pour sentir sa douleur.
Leborgne défia le capitaine dans un duel au premier sang (ici une inspiration bien sentie aurait pu lui permettre de relancer son initiative foireuse qui augurait déjà de la catastrophique et monumentale fessée à venir). Des paris furent gagnés et forcément d'autres perdus...
Ruinés et molestés nous décidions donc d'en rester là. Craignant que le capitaine ne lâche ses vingt hommes sur ses camarades diminués, votre dévoué en appela à la bénédiction de Dugall pour ces brillants combattants et pour toute l'assistance. Puis imposant mes mains sur le crâne couvert d'eczéma du
Borgne to be alive, Dugall soigna ses blessures corporelles. Mais quant à son impulsivité et à la rage suintant par tous ses pores, je lui renouvelai mon conseil de prier Dugall, St Dugall qui avait posé son regard sur lui en cette nuit déjà plus tout à fait sous contrôle.
Sara la moche, euh la mioche, tança elle aussi son
Borgne de protecteur et
Kartryne persuada le
Baron qu'il avait décidé qu'il était bien temps de se coucher. A la niche le gentil
Baron à sa mémère... Le
nain discuta encore un peu langoureusement avec son capitaine d'un soir promettant de le retrouver pour chasser le dragon, bleu, « c'est plus mignon et ça va avec ton kilt mon géant » a-t-on pu entendre avant une déchirante séparation.
J'invitais encore
Leborgne à se choisir un vrai nom et à dépasser ainsi ses obscures et douloureuses origines, en vain : " Tu ne peux pas continuer ainsi, ta souffrance te consume, mais si tu le veux ardemment, alors Dugall posera le regard sur toi et tu vivras une vie honorable. Considère bien les choses mon ami, oui ouvre l'oeil
Leborgne... et le bon."
Le
Baron à peine couché, un cri d'alerte sorti le groupe de sa torpeur: "Arrêtez-le vivant" hurla une voix inconnue. Un type dévalait déjà l'escalier, si leste que le
nain, à sa décharge énamouré et songeur, lança son marteau (« arme de jet arme de... » se plaît-il à fredonner sans arrêt) au-delà de Percemaille et peut-être même bien loin du Dodé : l'amour rend aveugle et donne des ailes aux marteaux comme vous le savez.Craignant que mes brutes d'acolytes ne fassent taire à jamais le fuyard, j'invoquais Dugall pour le neutraliser avant que le courageux aubergiste ne le ligote fermement.
C'est alors qu'un colosse, mi homme mi bête (c'est qui
ce type ?) avec un énorme, mais alors énorme marteau nous informa qu'un complice du fuyard gisait broyé à l'étage. L'interrogatoire de l'assassin ou du voleur fut édifiant. La pègre locale, informée par un barbu à fausse barbe, de la présence d'une dame importante en ville a souhaité l'enlever et les deux infortunés compères avaient voulu doubler le terrible Joris, l'infâme gnome diamantaire et grand patron de la mauvaise herbe de Percemaille (un nom suggestif en y pensant, rdv connu des mercenaires en mâle d'amour...ah, ça s'écrit pas comme ça
Devlin, t'es sûr?).
C'est à cet instant précis que la nuit nous échappa totalement :
Je plaçais cette pauvre âme égarée et malmenée par la vie sous la protection de Dugall et la priais de porter un message à Joris : la nouvelle de notre venue prochaine.Voilà qui pouvait tous nous réunir, voilà qui aurait dû tous nous rassembler : perspectives de butin pour les roturiers du groupe et possibilité de savoir qui en avait après
Kartryne pour ce qui concerne le
Baron et moi-même ainsi que nos hommes d'armes, certainement pas rassurés de se savoir suivis...
Mais le mal s'insinua, actes et paroles dérapèrent, enflèrent et
Leborgne ne fut pas en reste.
Dans un état presque second, à moins que ce ne fut là sa vraie nature,
Leborgne à l'oeil opaque, irrémédiablement éteint prouva qu'il était également en définitive parfaitement aveugle. L'oeil vif et solitaire, aussi cupide qu'hermétique à la sagesse de Dugall, il dépouilla le pauvre voleur,
Arsène de son prénom, de son manteau comme de ses bottes. Borné, possédé, il l'interrogea sur sa cache au fond des bois et prenant de court l'assemblée, lui transperça le cœur de sa lame avec une satisfaction répugnante et morbide.
Je protestai et condamnai ce crime sacrilège alors que Dugall avait été invoqué pour que le tout jeune
Arsène s'amende et change de vie.En un instant, la haine affleurant à chaque instant chez
Leborgne se déversa... sur le
Baron.
La lutte des classes se rappela à leur bon souvenir et le
nain comme
l'étranger attisèrent le feu de la révolte, de la jalousie et de la trahison. Une partie de la nuit fut perdue en cris et en invectives. Le
Baron voulut savoir sur qui il pouvait compter pour conduire
Kartryne à Scarford et
Leborgne appela à lui tous ceux qui désiraient en finir avec « ces foutus nobles et leurs larbins armés ».
Il fallut tout l'influx de Dugall pour éviter le pire, votre serviteur appelant chacun à la mesure et à ne pas laisser le mal des Essarts nous submerger.
Rappelez-vous compagnons, lorsque la flèche justicière de Dugall, Messager et Archer de Melrose, doit être tirée, l'arc bandé subit de terribles tensions mais lorsque la flèche atteint son but, ces tensions sont oubliées, l'abcès percé et le mal évanoui.
De la même manière, roturiers et nobles de notre équipée doivent dépasser ces querelles, les bois rares et l'ivoire de l'arc sont indispensables comme le sont les nobles qui dirigent.
Et les humbles gens, anonymes et grossiers sont eux aussi indispensables, à leur manière : dociles, besogneux et souples comme la corde tendue jusqu'au point de rupture. Le
Baron et
Kartryn regagnent finalement saufs leur chambre douillette à l'étage tandis qu'en bas, le groupe cherche à se reconstituer, maladroitement.
La voie de Dugall se manifesta encore par ma voix pour permettre aux ressentiments d'être dépassés et pour désigner les vrais responsables de cette situation...