J’étais impatient de tester les règles, surtout avec ces deux joueurs qui ont une approche assez différente du jeu : une forte tendance au minimaxage pour le premier, et un certain manque d’intérêt pour les règles de la part du second, tant qu’il peut se bi-classer Paladin / Pascal le grand frère.
Les personnages
Popayan, hysnaton secondarius né dans un village rural habité par une large communauté hysnatone. Assez costaud, il a vite été affecté à la protection du village sans se soucier de savoir s’il pouvait avoir d’autres qualités. Ses traits hysnatons visibles : des jambes de formoiré, une queue, la peau cadavérique, les yeux violets... une sacrée gueule d’hysnaton, quoi. À côté de ça, c’est un survivant qui ne fait pas de manières.
Il a récemment été capturé par des pillards et vendu à un marchand.
Création : Hysnaton / Malbâti / Protecteur.
Rolf Tigurdson, Oeil-de-braise habitué des pillages des territoires dérigions. Rolf perpétue avec fierté les légendaires traditions piorades qui consistent à déferler à cheval sur des villages du nord du territoire dérigion, à y annihiler toute résistance et à repartir avec leurs trucs. Il est donc très à cheval sur les principes, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a les qualités pour les défendre : Oeil-de-braise, massif, intimidant, infatigable, suscitant l’admiration, et, en cas de besoin, berserker.
Ca ne l’a pas empêché, lors d’un raid, de tomber avec son cheval dans un fosse garnie d’épieux et d’être capturé par des soldats dérigions affectés à la défense du village et d’être jeté en prison. Les soldes de l’armée étant ce qu’elles sont, ses geôliers n’ont rien trouvé de mieux que de le vendre comme esclave à un marchand alweg pour environ un quart de son prix potentiel sur le marché de Pôle.
Création : Piorad / Pillard / Chevalier.
L’histoire
Quand l’histoire commence, Rolf et Popayan sont enchaînés avec d’autres esclaves à l’arrière d’un chariot faisant partie d’une caravane qui en compte 6. Cela fait 15 jours qu’ils voyagent ainsi, maltraités et humiliés par les gardes, mal nourris, etc. Les restrictions qui leur sont imposées leur ont à peine permis de faire connaissance avec leurs compagnons de chaîne : un alweg muet et atone, un hysnaton esclave de naissance, un batranoban malchanceux d’assez haute extraction, un (ex-)légiste vorozion geignard et un immense et massif alweg attardé. Il y a deux autres chaînes d’esclaves, mais ils n’ont pas eu l’occasion de leur parler.
Au lendemain d’un arrêt dans un village (durant lequel les esclaves de la caravane destinées à un bordel ont été vendues), Rolf et Popayan remarquent que quelque chose ne va pas chez les gardes : les rudiments de médecine acquis par Popayan lui font suspecter une intoxication. Quelle que soit la cause de cet état, les deux esclaves commencent à réfléchir à un moyen d’en tirer parti pour fuir. Ils s’aperçoivent alors que l’un des gardes montés qui les accompagnent est à moitié endormi sur son cheval, à quelques mètres d’eux.
La présence dans leur chaîne du vorozion geignard et le côté imprévisible de Boulet (l’alweg attardé) les poussent à agir sans prévenir les autres. Rolf met alors à profit ses qualités de dresseur et son empathie animale naturelle pour attirer le cheval vers lui. La bête s’approche juste assez pour que Popayan tente de subtiliser le trousseau de clé du garde, mais malheureusement il est bien attaché à sa ceinture et la tentative de l’hysnaton réveille le propriétaire. Profitant de sa surprise, les deux esclaves précipitent les choses : Rolf effraie le cheval et le force à se cabrer pendant que Popayan, en tirant violemment sur le trousseau, parvient à le récupérer tout en faisant lourdement chuter le garde.
Avant même qu’il ne se rende compte de ce qui se passe, le voilà dépouillé de son cimeterre par Rolf. Contraint d’utiliser sa mauvaise main (l’autre étant menotté à un anneau passé dans la chaîne), le Piorad doit s’y reprendre à plusieurs fois, mais le résultat est le même : le garde, couvert de profondes entailles, est contraint de battre en retraite en hurlant vers l’avant de la caravane.
Pendant ce temps, Popayan n’est pas resté inactif et s’est libéré de sa menotte. Il s’est ensuite précipité vers le chariot pour en détacher la chaîne. Après un moment de stupeur, les gardes proches de la scène interviennent et, après avoir donné l’alerte, commencent à se regrouper autour des esclaves en fuite. Cela a notamment pour effet de paniquer Boulet qui se met à agiter violemment ses bras toujours attachés à la lourde chaîne. Tout le monde en subit les conséquences : les esclaves perdent l’équilibre, deux gardes se prennent la chaîne dans le visage et marquent à nouveau un temps d’arrêt pour se protéger. Seul Rolf, situé à l’autre bout de la chaîne et libéré dès que Popayan l’a détachée du chariot, en profite : il se précipite vers le cheval du garde qu’il a à moitié écharpé et grimpe en selle.
Deux autres gardes à cheval arrivent et essayent de regrouper les esclaves en fuite. La situation est chaotique : pour éviter leurs coups, Popayan se réfugie sous le chariot toujours en marche. Le vorozion se recroqueville au sol, l’hysnaton court à toutes jambes vers le fleuve qui longe la route, le batranoban se glisse entre les chevaux des gardes et se jette dans les herbes hautes de l’autre côté de la route, espérant atteindre en rampant la forêt située un peu plus loin, et l’alweg muet reste au milieu de la mêlée, encaissant les coups donnés par les gardes. Quant à Boulet, il tente de se protéger avec la chaîne et ses mains menottées, mais ses bras sont rapidement réduits en charpie sous les coups de cimeterre des gardes paniqués.
Tout ça n’est pas vraiment du goût de Rolf qui, contre toute attente, retourne son cheval et charge les deux cavaliers ennemis !
C’est alors que, nouvelle surprise, des hommes embusqués sur le bord de la route sortent de leurs cachettes en catastrophe et se ruent sur la caravane, visiblement surpris par la situation qu’ils découvrent. Les gardes de la caravane ont également du mal à comprendre ce qui se passe et luttent pour surmonter les effets du poison qu’ils ont ingéré, mais ils sont malgré leur expérience rapidement gagnés par la panique. L’attaque de Rolf a surpris ceux qui se trouvent au niveau des esclaves en fuite et, laissant filer les autres, ils se concentrent sur le Piorad qui, pour le moment à deux contre un, ne montre aucun signe de faiblesse. On se retrouve donc avec une mêlée regroupant Rolf, les deux cavaliers, un garde à pied ayant survécu aux coups de chaîne de Boulet et Popayan. Ce dernier, armé uniquement d’un gros anneau métallique, n’est malheureusement pas très efficace, mais il permet à Rolf de ne pas se retrouver encerclé.
Autour d’eux, les autres gardes de la caravane essaient tant bien que mal de contenir les nouveaux assaillants qui semblent prendre le dessus. L’un des pillards monte dans le chariot situé juste derrière les esclaves en fuite et un cri féminin retentit (les personnages le savaient mais l’avaient un peu oublié, il contient une jeune esclave enchaînée et visiblement sous l’effet d’un sédatif). Au même moment, à l’autre bout de la caravane, un cri de terreur retentit, suivi d’un bruit de battement d’ailes. Popayan, levant les yeux, découvre alors juste au-dessus du chariot qui les précède un énorme serpent ailé qui jauge les participants au combat d’un air féroce. Ca ne sent vraiment pas bon. Il prévient Rolf, puis décide de monter lui-aussi dans le chariot pour voir ce qui s’y passe (et aussi un peu pour se protéger du monstre, OK). Lorsqu’il y pénètre, poursuivi par le garde avec lequel il croisait le fer, il tombe sur le pillard qui vient de transpercer de son arme la gorge d’un garde de la caravane. Les trois hommes se regardent, ne sachant que faire, puis se jettent les uns sur les autres. Mais Popayan, d’autant plus malin qu’il a constaté son manque de réussite en combat, effectue une feinte et, au lieu de se jeter dans la mêlée, fait un roulé-boulé le rapprochant de la fille enchaînée, laissant les deux autres en découdre.
Pendant ce temps, à l’extérieur, Rolf est dans une situation plus que compliquée, entre deux gardes montés sur lesquels il n’arrive pas à prendre le dessus et un serpent géant qui menace à tout moment d’attaquer... et qui, finalement, arrête de menacer pour se jeter effectivement dans la mêlée. Par deux fois il tente de mordre le Piorad qui s’en sort indemne au prix de deux exceptionnelles mises en opposition de son cimeterre. En revanche, le coup de queue que le serpent dispense à l’un des gardes montés est plus efficace : dans un sinistre craquement d’os, ce dernier est désarçonné et tué sur le coup, ce qui n’est pas sans jeter un froid sur le reste des combattants, Rolf y compris. Le garde s’enfuit alors au galop vers l’arrière de la caravane tandis que le Piorad fait de même en direction de l’orée de la forêt. Voyant ses deux cibles fuir, le serpent décide de s’en prendre aux polacs attelés au chariot suivant... dans lequel Popayan vient tout juste de libérer la jeune fille pendant que le pillard et le garde tentent d’en découdre.
Les polacs paniquent alors et s’emballent, quittant la route en direction du fleuve et renversant les occupants du chariot. Le serpent reprend de la hauteur et, repérant d’autres esclaves enchaînés au dernier chariot de la caravane, se jette sur eux. Rolf a quant à lui atteint la forêt et, à l’abri des arbres, observe le carnage qui vient d’avoir lieu : tous les gardes et tous les assaillants sont morts. Il aperçoit aussi le chariot “coffre-fort” dans lequel il pensait qu’étaient stockés des objets précieux mais qui servait apparemment de cage au serpent.
Dans le chariot tiré par les polacs emballés, Popayan met à profit le sens de l’équilibre hérité de ses ancêtres chimériques pour se rétablir et saisir le poignet de l’esclave qu’il a libérée. Les deux autres sont allongés à l’avant du chariot, incapables de se remettre d’aplomb, et Popayan se jette en dehors du véhicule avec la jeune fille. Le choc est rude, mais l’hysnaton est solide. Il se redresse et contemple à son tour toute l’horreur de la scène. En plus du massacre opéré par le serpent ailé, il constate que les esclaves étaient toujours enchaînés à l’arrière du chariot dont il vient de sauter. Les polacs ont atteint le fleuve mais ne peuvent plus avancer à cause du chariot renversé à moitié planté dans la vase de la berge qui les retient. Ils sont en train de se noyer. Popayan s’approche du chariot pour voir s’il reste des survivants. Sur les cinq esclaves enchaînés, trois sont morts. Parmi les deux autres, l’un a les jambes fracturées en de multiples endroits, et l’autre reprend peu à peu connaissance. Popayan le libère, mais décide à contrecoeur d’abandonner celui dont les jambes sont cassées.
Malheureusement, l’état des deux esclaves qu’il a libérés lui interdit toute traversée du fleuve à la nage. Il décide dont de tenter de rejoindre la forêt malgré la présence sur le chemin du serpent ailé. Il tente de faire diversion en libérant les polacs au bord de la noyade pour attirer le monstre et en se couchant dans les hautes herbes pour ne pas être repéré. Son plan semble efficace car le serpent, qui a fini de dévorer les esclaves sur la route, prend son envol et se dirige vers les polacs. Mais lorsque Popayan, portant la fille et suivi de l’esclave commence à courir vers la forêt, le serpent se désintéresse totalement des bêtes et se lance à leur poursuite.
Heureusement, au loin, Rolf a assisté à la scène et galope vers les trois survivants. Il prend la jeune fille sur son cheval, ce qui permet à tous les quatre d’arriver à la forêt avant d’être rattrapés. En s’y enfonçant profondément, ils parviennent à semer le serpent... pour le moment.
Remarques
Pour ce début de scénario, je trouve que le système a bien fonctionné et a été globalement bien utilisé par les deux joueurs. Quelques petites remarques :
- Le combat entre Rolf et les deux cavaliers montés a été un peu statique passée la charge du piorad (préparation avec Veneur + Equitation, puis attaque avec Ferrailleur + Combat monté). Rolf n’avait que des aspects utilisables en combat ayant une valeur de 1, et il rechignait à utiliser 6 points d’effort pour gagner deux dés. Du coup, avec des poignées identiques, les différences de qualités entre l’attaque et la parade étaient généralement de 1 ou 2 et on avait l’impression que le combat n’avançait pas (d’où l’intervention prématurée du serpent). Par contre, le reste du combat a été très dynamique.
- On n’a pas trop su comment gérer les ruptures de combat : quand Popayan délaisse son adversaire pour entrer dans le chariot, ou quand les cavaliers fuient le serpent, j’avais envie de demander un jet pour “sortir de la mêlée”, mais dans ce cas fallait-il l’opposer à une riposte (qui obligerait tout le monde à garder une action au cas où un adversaire déciderait de rompre le combat) ou à une “attaque libre”, sorte d’attaque d’opportunité ?
- On s’est demandé s’il était possible d’utiliser le même aspect pour, au cours d’une même passe, booster l’init, booster le nombre d’actions, et frapper. En l’occurrence, l’aspect incriminé était “Berserker”. On a dit que oui, et l’autre joueur a immédiatement noté dans un coin de sa tête de minimaxeur (“OK, prendre un aspect de rapidité”).
- J’ai eu un peu de mal à gérer l’effet de certains aspect susceptibles d’influer sur les gains de fatigue, faiblesse et tension. Rolf avait plusieurs aspects du genre “infatigable”, “endurant”, “robuste”, etc. Si une marche forcée leur fait gagner de la fatigue, ces aspects devraient peut-être intervenir, mais je ne vois pas comment. Du coup, j’ai fait des remises à la louche, en fonction du nombre et du score des aspects concernés.
Voilà, je ferai la suite du CR bientôt, c’est super long en fait