[CR] Chronique des Féals

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CANARD
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[CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Orfeo² a écrit : Plus sérieusement, vous jouez des scénarios fournis par l'équipe ou vos propres créations ? Vous avez un CR rédigé quelque part ?
Et quel est votre ressenti de joueurs par rapport à certaines "difficultés" émises par des lecteurs concernant le jeu : le côté glauque et horrifique ? la densité du background ? la gestion de la fratrie ?
Lorsqu'un des auteurs vous demande gentillement de régider un CR, même si cela vous demande beaucoup de temps, vous le faites. Voici donc nos aventures au sein du M'Onde, histoire de vous permettre d'appréhender les possibilités infinies de cet univers et de ce jeu pas mal foutu. Montrez vous indulgent quant à la qualité littéraire du récit. Le fond importe plus que la forme.
Canard

Les règlements doivent s'adapter à la situation et non l'inverse.

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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Je reprends tout d'abord quelques messages déja postés. Le premier date de juin.
CANARD a écrit :J'ai maitrisé ma première partie ce WE. Il n'y avait pas de scénario "officiel" au programme, juste une petite intro basée sur l'historique des persos pour les mettre en branle, aborder les spécificités de l'univers avec les joueurs et tester le système. Il n'y avait que deux joueurs présent dont Salanael. Le troisième sera présent pour la suite de la campagne, car le but est bien de suivre au plus prêt le rythme des parutions et l'évolution de la storyline.

Les persos étaient très différents: d'une part Tiberius, chevalier Leorde et battard d'un haut dignitaire de l'empire grifféen et Liopleurodes, stratège naval de la toute jeune tarasque Acheloos.


Je n’ai pas lésiné sur les effets spéciaux pour leur en mettre plein la vue. Liopleurodes sur son navire allait être confronté à une vague géante générée par la Tarasque rendue fébrile par un timonier ivre de sa propre puissance et proche de la démence. Tiberius, en bon provincial, allait découvrir pour la première fois Aldarenche, la capitale impériale. Outre la famille légitime de son père « impatiente » de le rencontrer, il a à se présenter au chef de son ordre et à l’impératrice elle-même. C’est lors de cette entrevue qu’il fera la connaissance de son futur compagnon de route, lui-aussi venu présenter ses lettres de créances au nom de la jeune tarasque. Pour être bien certain qu’ils aient une raison de rester ensemble, outre des relations commerciales à priori fructueuses, j’ai imaginé que la chef d’état leur confie une mission difficile, évacuer le quartier basilik à la réputation sulfureuse et dont la population grifféenne révoltée exige l’éradication par la force depuis que des morts-vivants en sortent de manière ostentatoire de nuit.

Salanael a résolu de manière pacifique le conflit au sein de sa communauté, se refusant à utiliser la force pour prendre le pouvoir et renverser le leader à l’ambition démesurée. C’est rasséréné par son succès qu’il se rend en Aldarenche pour tenter de calmer la colère des grifféens victimes eux-aussi du tsunami et qui ont interdit en guise de sanction l’accès à leurs ports au jeune monstre incontrôlable. Il commet l’erreur de vouloir visiter l’immense cité seul et se retrouve très vite confronté à de la racaille des bas-quartiers auquel il va faire heureusement face. Sébastien n’est pas plus heureux dans sa découverte de la grande métropole. Il se perd dans l’agitation des rues et finit par trouver refuge dans une auberge proche de la porte au travers de laquelle lui et sa troupe ont fait leur entrée. C’est par l’envoi d’un messager à son demi-frère qu’il s’est sorti d’embarras et c’est de nuit qu’il pénètre enfin dans le somptueux palais familial dans lequel se joue un drame dont à ma grande surprise il va rester étranger, ne souhaitant pas se mêler de la dispute opposant sa belle-mère et son demi-frère au sujet du mariage de sa demi-sœur. Lorsque l’entrevue impériale a lieu, toutes les pièces du puzzle sont malgré tout en place. L’introduction proprement dite est terminée.

D’un point de vue narratif, je suis très satisfait du résultat obtenu. Mon histoire a un très bon potentiel pour générer des rebondissements. J’ai réussi à installer de nombreux intervenants hauts en couleur et je n’ai pas décelé d’incohérence notoire. Cet univers et ce jeu sont parfait pour un jeu high level. Le système de règles comme d’habitude m’a posé problème, pas facile d'obtenir un succès même pour des tests faciles. Je l’ai trouvé assez limitatif et je n’ai pas pu en exploiter tout le potentiel mais cela viendra. Les joueurs ont dû ressentir la même chose. Je n’ai pas osé leurs demander un feedback. Salanael semble très motivé à l’idée de recommencer. Sébastien moins. Ce n’est pas surprenant étant donné que je n’ai pas offert à son guerrier les combats qu’il attendait et l’ai cantonné dans des intrigues dont il n’a su que faire. A ma décharge, j’avais prévu un peu plus d’action dès qu’ils allaient mettre les pieds dans le quartier Basilik. Notre lenteur ne nous a pas permis d’aller jusque-là. La prochaine séance si elle a lieu sera nettement plus mouvementée.
Canard

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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Salanael a écrit :Au passage, un retour de joueur par ici ;)

Je ne crois pas que Sébastien n'ai pas apprécié, il aime bien aussi les intrigues. Par contre, pour les jets de dés, c'était tout ou rien. C'est vrai que certaines actions ont été pourries par les jets de dés, mais bon c'était juste la faute au dés si malgré un seuil de 6 aucun ne tape en dessous du seuil.
Salanael a écrit :
Chiverne a écrit :Et l'onde alors ? Elle est là pour quoi ? ;) :p
Elle sert à ça. J'en ai grillé une quantité assez respectable. Genre 5 ou 6 points, pour une première partie, d'intro qui plus est, je crois que c'est pas mal ;)

Ce qui est dramatique, c'est de devoir en griller pour des actions qui sont sensées être simples. J'espérais les réserver pour des acte héroïques ou qui ne doivent surtout pas être ratés. Mais je ne crois pas que ce soit le système, les dés y ont mis beaucoup du leur.
Salanael a écrit :Nous, vendredi passé, partie de lancement de Chroniques des Féals. Le but étant surtout de mettre en contact les joueurs et se familiariser avec le système.

A l'affiche :
-Liopleurodes (moi): Un géant tarasséen de la jeune communauté d'Achéloos. Accessoirement stratège compétent et par là même capitaine des troupes gravitant autour de la tarasque Achéloos. Accessoirement toujours, il suit les deux voies mimétiques en même temps (Numismate et Pétulant) même si ce n'est pas vraiment bien vu.
-Tiberius Tullius : Un praticien grifféen, héritier de terres bordant la chaîne de montagne au sud et le mur qui fait frontière avec la Charogne. Accessoirement chevalier de l'ordre du Lion. Accessoirement plein de thunes.

Tout s'est fait en montage alterné, passant d'Acheloos à Aldaranche en fonction du joueur. C'est bien, ça me permettait d'aller repréparer de quoi grignoter le cas échéants ou d'aller aux toilettes sans interrompre la partie :mrgreen:

Liopleurodes :
Depuis quelques jours, Acheloos s'agite de manière incontrôlée. Le point culminant est le moment où elle manque de faire chavirer mon bateau et qu'elle inquiète tellement "l'escorte" grifféenne qu'ils nous interdisent l'accès au port d'Aldaranche. Mais la tarasque continue sa route sans se soucier des signaux grifféens. Furax, Liopleurodes retourne sur Acheloos même pour aller tirer les oreille du timonier (accessoirement rival en amour et influence). Les choses ne se font pas si simplement, on le fait patienter, il bout, les autres marins ne comprennent pas non plus, on est au bord de la mutinerie.
Mais le conseil a lieu quand même et Liopleurodes tente de mettre toutes les chances de son côté pour faire entendre les voix des "extérieurs". L'annonce du refus des Grifféens fait son effet mais Alcande, le timonier, n'en a que faire. Il est visiblement enivré par les réussites des précédentes campagnes et semble avoir pris de l'avance sur ses ambitions. C'est un jeu d'influence et une joute oratoire qui a lieu entre les deux hommes avec tout le conseil comme public et juge. Liopleurodes (qui avait fait des jets pourris en navigation) est particulièrement convainquant et arrive à rejeter toutes les fautes sur Alcande et en profite pour le discréditer totalement. Le point d'orgue est l'union avec la tarasque qui a lieu à la fin du conseil et où Alcande perd tout contrôle de lui-même(édit : démontrant les excès que peuvent provoquer un excès de fiel). Au final, Liopleurodes nomme pratiquement un nouveau timonier et est nommé ambassadeur d'Acheloos pour réparer ce qui peut l'être avec les Grifféens et demander l'autorisation de commercer dans l'Empire de Grif'.
Acheloos stoppe son avancée et Liopleurodes part avec son bateau en ambassade à Aldaranche.

Tiberius Tullius : (J'ai moins suivit, forcément, j'étais pas toujours dans la même pièce.)
Tiberius se rends à la capitale, convoqué pour prêter allégeance à l'impératrice en tant qu'héritier de son domaine. Il a vachement tardé à le faire, peu attiré par les intrigues de cours et plutôt occupé à combattre la Charogne au sud. Mais bon, quand il le faut, il le faut. Tout son séjour à Aldaranche sera rythmée par les désirs d'utiliser ce jeune praticien à des fins politiques par son demi-frère et sa belle-mère. Le premier veut se faire montre de son influence et gagner les faveurs de l'impératrice, la seconde voudrait que Tiberius force l'impératrice à faire des choix concernant le quartier Basilice. En effet, depuis quelques temps, des rumeurs incessantes laissent croire que des charognards sont abrités dans ce quartier et la population, manipulée par le clergé, est prête à lyncher ces étrangers. A côté de ça, l'Ordre du Lion aimerait surtout calmer le jeu. A côté de ça, le frère de Tiberius a des ambitions politiques ET économiques et dans lesquelles il est prêt à plonger Tiberius.

Reçus tous les deux lors de l'audience hebdomadaire de l'impératrice, les deux Pj ont enfin l'occasion de se voir. Tiberius est enfin présenté à l'impératrice, par son frère, et son serment d'allégeance est accepté avec bienveillance de la part de la monarque. Par contre, Liopleurodes est un peu refroidi par le refus net et sans appel de commercer dans n'importe quel port de l'Empire de Grif' à cause du comportement incontrôlable de la tarasque. Beau joueur, mais l'ayant mauvaise quand même, le Tarasséen laisse à l'impératrice les présents qu'il avait apporté "en espérant qu'il aura un jour l'occasion de convaincre son altesse qu'Acheloos est plus digne de confiance que ce que l'on a pu lui rapporter."
Le 'drink' qui suivit l'audience est une belle occasion de constater à quel point ce refus de commercer semble intéresser un nombre important de courtisans grifféens dont un certain frangin qui met en contact Liopleurodes et Tiberius. En effet, loin de la capitale, dans un zone en plus en dehors des eaux couvertes par la grande tarasque qu'est Alectre, Acheloos pourrait tirer son épingle du jeu. Des projets de port officieux se font doucement, quitte à le caser juste au sud de la frontière pour que cela reste légal. Mais les projets sont remis à plus tard lorsque l'Impératrice fait mander les Tullius et l'ambassadeur d'Acheloos en entretien privé.
La monarque a besoin de "volontaire" pour évacuer le quartier basilice de ses habitants. Tiberius est partant pour 'évacuer' la charogne, son frangin pour récupérer tout ce qui restera, Liopleurodes souligne qu'il aura du mal à entrer dans le port sans autorisations et que ça coûte cher tout ce monde à transporter. La coquine promet alors une autorisation d'approcher en "paiement" et précise qu'Acheloos est en droit de demander ses propres conditions aux voyageurs ... la salope ! :mrgreen:

fin de la première partie.

Chouette partie. Bon on a un peu trop jeté des dés au début à mon goût, mais dans l'optique "familiarisons-nous avec les règles", c'était bienvenu. D'ailleurs, sur la fin, ça s'est nettement fluidifié.

On a beaucoup apprécié les D10 habitués à tirer hauts qui se retrouvent tout cons lorsqu'il s'agit de viser bas, créant des situations parfois absurdes. Heureusement qu'on a éviter de convertir les 0 en 10 parce que bon ... ils ont plu, surtout chez moi :mrgreen:. Les deux joueurs aimant encore bien les intrigues et les discussions à sous-entendus, on s'est fait plaisir sur ce coup-là, surtout que l'action est promise à la prochaine partie. Niveau rencontre, l'audience impériale avec mission de l'impératrice, ça le fait quand même largement plus que "vous êtes dans une auberge et ..."

Je suis curieux de voir ce que donnera le troisième joueur une fois dans le groupe.
Canard

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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

CANARD a écrit :Je viens de terminer la deuxième partie d'intro avec le troisième joueur. Le problème avec lui ce furent les jets avec zéro. Il a fini par les utiliser lorsque cela collait avec l'ambiance mais a fini par comprendre que ce n'était pas à son avantage. Il est un peu blessé à l'âme et à l'esprit le garçon.

J'ai utilisé durant la partie le petit système narratif basé sur des cartes proposé dans "Les Milles Marches". Ca fonctionne bien et coup de bol tout s'est emboîté de manière parfaite. Une partie comme je les aime avec son lots d'imprévus, d'impro et au final, arriver plus ou moins là où on voulait amener le joueur.

J'ai encore du mal avec certaines compétences. Lorsque le perso veut garder le controle de soi ou le retrouver apres avoir abusé du fiel que faut il utiliser? Lorsqu'il veut lutter contre un effet hypnotique ou une drogue?

Pour le reste, j'ai eu l'impression que le système tournait mieux. J'ai donné quelques conseil d'optimisations pour ne pas me retrouver une fois encore avec un joueur sans Psychologie ni survie en cité. Je lui ai conseillé d'utiliser le fiel et l'onde et son rendement a été nettement meilleur. Corollaire, il prie beaucoup mais cela reste cohérent surtout dans son cas, un guérisseur caladrien. Je ne sais plus quel mimétique doit réaliser de la poterie pour récupérer de l'énergie. La gageure!
CANARD a écrit :
tristophe a écrit :Hello!
Pour répondre à tes questions, il n'y a pas de jet spécifique pur garder/retrouver son contrôle lorsque le Fiel déborde le personnage.
Le seul jet qui peut accomplir cela, c'est un jet classique réalisé pendant le débordement du Fiel, dont le nombre de succès s’avérera inférieur au trait d'Onde du Domaine concerné.

Ex : j'ai utilisé le Fiel pour attaquer un adversaire, je suis débordé, j'attaque d'autres opposants, voire mes alliés, à un moment, un de mes jets d'attaque fait peu de succès( moins que mon trait d'Onde de Corps par exemple), donc je redeviens normal.
Je connaissais la règle mais ici j'avais à faire avec un hospitalier caladrien, méditant la moitié de la journée. Je voulais lui donner une chance de garder le contrôle et de faire refluer la montée du fiel, d'autant que le test pour lequel il avait dépensé des points était particulier. Il s'agissait de mentir à un moment crucial et notre sage n'était pas vraiment un expert en duperie. Il a dépensé du fiel pour parvenir à obtenir deux succès et en a obtenu un peu plus qu'il ne le souhaitait. Je lui ai donc fait jeter un jet de méditation sous foi ou esprit mais maintenant à te lire j'aurai dû lui faire jeter voie mimétique sous foi. Cela eut été plus logique! Quoi qu'il en soit, il s'est vautré et ayant pris plaisir à tromper autrui à poursuivi sur sa lancée, entraînant d'autres personnes dans ses mensonges.

Merci pour tes conseils!
Canard

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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Histoire de Sarliis

Sarliis est un hospitalier caladrien arrivé depuis peu dans la capitale grifféenne pour parfaire son éducation et servir son ordre. Sa naissance singulière est déjà considérée comme légendaire. Il aurait été trouvé par des récolteurs de miel bleu au pied d’un arbre dans la forêt de givre. Un grand oiseau coloré aux ailes majestueuses semblait le protéger. Amené au monastère le plus proche, il fût déclaré béni par les Caladres et prénommé « Sarliis » ce qui signifie « enfant-divin ». Il montra très tôt des prédispositions étonnantes, sa faculté de parler aux oiseaux par exemple. Il se passionna pour la médecine mais aussi les arts martiaux et devint très rapidement un moine exemplaire. Le supérieur de l’hospice d’Aldaranche ayant reçu mission de poursuivre la formation du jeune prodige à la réputation déjà bien établie ne sut comment le prendre, hésitant entre lui imposer de nombreuses tâches brimantes afin de le recadrer ou lui laisser une plus grande liberté d’action afin de profiter des occasions inévitables que ce béni des dieux ne manquerait pas de se créer. Il finit par ne pas décider et lui imposa un horaire partagé entre les corvées coutumières de l’institution (soin aux malades, préparation des potions, tours de garde,…) et des plages de temps libre pendant lesquelles il était invité à mettre tout en œuvre afin de se faire connaître et se tisser un réseau de relations parmi la bonne société grifféenne.

Novice dans cette ville tentaculaire et intimidante, notre jeune héros ne sait trop comment s’y prendre pour faire des connaissances. La gente féminine l’impressionne fortement, surtout ces étrangères si peu farouches. Il n’ose les accoster même s’il pressent qu’elles sont des âmes sensibles en quête d’écoute et d’attention. Par bonheur l’une d’entre-elles va se montrer plus directe et l’inviter à la rejoindre dans la petite garçonnière luxueuse avec vue sur le fleuve qu’elle occupe cet après-midi-là. Lorsque Sarliis rentre dans la chambre, les restes d’un repas lui indiquent que son hôte a déjà reçu de la visite. Quelqu’un d’important au vu des mets onéreux à peine entamés. Le lit n’est pas défait. L’amant n’a sans doute pas souhaité conclure ou s’en est allé fâché. La dame de haute naissance, une Tullius, cache mal de fait un certain énervement. La conversation prend néanmoins un ton badin, tournant essentiellement autour des compétences du moine en ce qui concerne les soins de l’âme. Il lui est demandé également s’il a quelques expériences des jeunes filles et c’est rougissant qu’il se doit de répondre par la négative. Cela semble chagriner l’interlocutrice mais elle finit par se décider et offre à notre jouvenceau la possibilité de soigner sa fille dont l’état d’agitation la préoccupe gravement. Elle lui dresse alors le portrait rapide d’une jeune fille hystérique, incontrôlable et l’invite à se présenter dés le lendemain matin à la porte de sa demeure afin de la rencontrer et de la calmer par une imposition des mains. Rendez-vous pris, elle le libère sans autre forme de politesse.

Cette nuit-là, alors qu’il est de garde dans la grande salle de l’hospice, il doit faire face avec ses compagnons à un afflux anormal de victimes aux blessures étranges et diverses. Un marchand jeune et à l’aspect prospère l’intrigue plus que les autres. Il semble avoir tenté de mettre fin à ses jours après avoir mis le feu à sa maison et risqué ainsi la vie de sa femme et de ses enfants. Une bonne âme l’a amené dans un état de confusion totale. Il a fallu l’isoler en cellule et l’attacher pour parvenir à le calmer un peu. Ce n’est qu’au petit matin, hagard, qu’il consent à livrer le peu de souvenirs de sa folle nuit. Il revenait d’une soirée arrosée en compagnie de son second et puis le trou noir ou plutôt un ciel rempli d’étoiles comme il ne les avait jamais vues et ensuite l’oubli de toutes choses. C’est complètement abattu qu’il apprend son terrible geste. Il n’est clairement pas homme à se laisser aller à de pareilles extrémités. C’est donc poussé par la curiosité que notre jeune détective se met en devoir d’en savoir un peu plus. Les blessés se classent en gros en deux catégories : les fous, tous plus ou moins en train de reprendre leur esprit et les victimes des fous cherchant à se venger. Les premiers ont tous en commun de s’être trouvés à l’extérieur dans le même périmètre proche au même moment et les seconds d’avoir malheureusement croisés leurs routes quelques temps plus tard. Difficile d’en savoir plus sans se rendre sur les lieux.

A l’aube, son service terminé, il sort afin de se rendre au palais des Tullius mais fait un crochet pour visiter la zone suspecte où se sont déroulés les incidents de la nuit. Il n’y a plus guère de témoins et encore moins d’indices. En chemin cependant, il tombe sur les ruines encore fumante d’une demeure bourgeoise autour de laquelle règne une certaine agitation. Il ne lui faut pas longtemps pour comprendre qu’il s’agit de celle du jeune marchand. Son épouse accablée se tient en retrait avec ses jeunes enfants pendant que sa famille tente de récupérer ce qui peut l’être. Après s’être présenté auprès de la jeune femme, il informe celle-ci de la présence de son mari au dispensaire caladrien et tente de mettre du beaume sur le ressentiment provoqué par les évènements incompréhensibles de la nuit. Passé un brusque mouvement de colère, la jeune mère finit par tomber en pleurs dans les bras du jeune accolyte tout en avouant son incompréhension et son désespoir face à cette situation inattendue. Contre l’avis de son de son propre père furieux à l’idée de donner une seconde chance à son salopard de beau-fils, elle accepte de revoir son époux auquel elle n’a pas grand-chose à reprocher au demeurant si ce n’est ce brusque accès de folie inexplicable qui a bien failli les emporter tous. Elle confirme finalement la première impression du caladrien concernant le caractère du jeune marchand et lui apprend que son second aurait été retrouvé pendu à son domicile situé non loin de là. La nouvelle est tout aussi traumatisante pour la jeune femme car également inconcevable.

La matinée avançant à grand pas, c’est avec plus de questions que de réponses qu’il se remet en marche, reprenant l’ascension de la colline au sommet de laquelle est perchée le Palais des Tullius. Là, l’ambiance semble également tendue. On le fait entrer très rapidement et il est emmené tel un sauveur vers les appartements de la jeune fille où à sa grande surprise il retrouve trois servantes présentant des symptômes de Delirium Tremens et de catatonie tel qu’il a pu en observer durant la nuit. Tentant une imposition des mains pour ranimer l’une d’entre elle, sa conscience semble fusionner avec celle de la malade et revivre avec elle le moment d’horreur extatique qui l’a plongé depuis dans une torpeur protectrice. Il perçoit au travers de ses sens à elle, cette impression de vide faisant soudainement irruption dans la pièce et ces étoiles brillantes qui emplissent progressivement le champ de vision. La menace hypnotique ne lui échappe pas et il parvient à revenir à lui ramenant du même coup la femme à la conscience, délivrée de sa vision qui plus est puisqu’il la porte dorénavant en lui. La réussite flagrante de ses méthodes et l’autorité qu’il semble avoir en la matière font grande impression dans la maisonnée. La maitresse de maison le reçoit à nouveau en personne en compagnie de sa fille auprès de qui elle le laisse rapidement seul afin qu’un premier entretien ait lieu. Il se passe bien contre toute attente. La prétendue hystérique semble nettement plus calme, un peu assommée et ailleurs mais disposée à parler et à répondre aux questions parfois indiscrètes du jeune praticien. De ce premier échange il ne ressort pas grand-chose mais la confiance est gagnée et il est convenu de se revoir chaque jour jusqu’à ce que des améliorations notoires soient décelées.

De retour à l’hospice, Sarliis est appelé par le supérieur qui lui demande de justifier son absence. Il bafouille quelques explications biscornues pour tenter de cacher la vérité mais le regard sombre du vieillard lui indique clairement qu’il n’est pas dûpe et pas spécialement ravi de la tournure de l’échange. Le disciple finit par avouer la vérité concernant son introduction au sein de la famille Tullius mais cache l’essentiel de ce qu’il a pu apprendre sur les évènements mystérieux de la nuit. Pour sa malheureuse tentative de dissimulation, il se voit puni d’une sévère et immédiate séance de purification et de méditation. Aussitôt faite, le pénitent s’en va reprendre sa place auprès des malades qu’il s’empresse de visiter afin d’obtenir leur état de santé. Le jeune marchand se remet bien. Il a repris ses esprits même s‘il restera marqué. Sa femme est auprès de lui et tout indique qu’il pourra reprendre une vie normale. Seul son beau-père semble en vouloir à sa situation et à ses biens mais l’énergique gaillard est de taille à lui faire face. Certains ne s’en sont pas tirés aussi bien. Quelques cadavres attendent la cérémonie funéraire du soir. L’un d’entre eux attire l’attention du médecin. Il semble avoir été becqueté par un oiseau mais pas par un corbeau ou un oiseau du même genre, par autre chose d’inhabituel. L’individu semble être mort des suites de ce dépeçage. Il est horriblement mutilé mais ce qui reste de ses yeux ne reflètent plus l’horreur qu’il a vécue. Les prêtres se sont chargés d’évacuer en lui le fiel propice à une résurrection. Il reposera en paix.

La semaine se passe tranquillement en allée et venue chez les Tullius. Chaque jour Sarliis en apprend d’avantage sur la vie de cette jeune aristocrate. Camelia étouffe dans le carcan familial, coincée entre deux mariages arrangés pour elle, l’un par son frère et l’autre par sa mère, et qu’elle refuse tout deux. Elle pleure la mort de ce père qu’elle aimait tant et pour lequel elle a élevé un petit autel sur lequel repose les objets de lui qu’elle a pu conserver. Elle rêve d’un pèlerinage sur sa tombe pour s’assurer d’un trépas serein mais le fantasme semble bien irréalisable puisqu’il est décédé à l’autre bout de l’empire dans son fief près de la chaine émeraude d’où il commandait les troupes luttant contre la charogne. Le Caladrien parvient à force d’écoute et de mots appropriés à soigner en partie le mal qui l’habite mais il pressent qu’elle retombera bien vite dans ses travers si elle reste auprès des siens. Sa mère ne semble intéressée à sa guérison que pour autant qu’elle fasse naitre en elle le désir de se marier avec son prétendant, un homme d’âge mur et chef d’une des familles les plus influentes de cette partie du monde, un proche parent qui plus est. Le frère, moins présent mais tout aussi attentif, ne parle que de prestige et de pouvoir. Il semble être revenu dans les bonnes grâces de l’impératrice elle-même et voudrait sceller un pacte définitif entre les deux familles en mariant sa jeune sœur avec rien de moins que l’héritier présomptif du trône, le neveu de la souveraine, un jeune homme peu apprécié du peuple si l’on en croit les rumeurs, tout au plus mal connu si l’on écoute le nouveau chef de famille Tullius. Ces gens ne pensent qu’à leurs intérêts, leurs alliances et néglige le bonheur de celle dont ils ont pourtant la charge. Elle n’est qu’un pion révolté, au bord de la dépression, pris au piège d’un tableau de jeu dont elle ne voit aucune issue.

Même si la peur habite encore le regard des servantes, elles n’en montrent rien et ont repris leur place auprès de leur jeune maitresse. Plus personne ne parlent des évènements de la fameuse nuit ou du moins plus personne ne parlent de ces évènements-là. Sur toutes les lèvres, il n’y a plus que des commentaires sur ce qui s’est passé plus ou moins au même moment aux abords du quartier basilik de l’autre côté de la ville. Des charognards sont sortis en masse de la zone boisée et sans raison apparentes ont tenté de pénétrer dans la ville. Ils ont été repoussés et pourchassés mais la population avoisinante s’est révoltée et menace de mettre le feu aux grands arbres pour faire sortir la vermine qui s’y est réfugiée. La consternation est grande dans toutes les couches de la population. Les Basiliks n’étaient tolérés que pour leurs capacités à fournir des onguents et potions de toutes sortes. Ils ont outrepassé, et de loin, leurs droits en abritant des hordes ennemies. Et même si la rumeur de leur présence courait depuis longtemps, l’apparition des morts-vivants en pleine lumière en a choqué plus d’un et exige une réponse ferme et immédiate. Or ce qui stupéfie encore plus le monde, c’est cette absence de réactions des autorités. L’ordre du Lion blanc s’est borné à confiner la zone et à en interdire l’accès. Les griffons patrouillent dans les airs. Mais de l’impératrice, aucune sentence n’est venue. Tout semble être fait pour permettre au train-train quotidien de reprendre son cours. La souveraine n’avait déjà plus beaucoup de crédit mais elle semble épuiser le peu qui lui reste.

Du crédit, Sarliis n’en a plus non plus. Tout semblait pourtant aller pour le mieux. Il devenait une figure familière du palais au point de pouvoir librement s’y déplacer. Sa jeune patiente lui avait montré les jardins où elle aimait se promener en compagnie de ses paons, ses oiseaux préférés. Il avait profité d’un moment de liberté pour s’approcher d’eux et converser dans le langage aviaire qu’il maitrise depuis sa naissance. Les volatiles lui avaient semblés apeurés et il ne s’était pas trompé. L’un d’entre eux, le mâle dominant, a été sauvagement agressé et tué lors de la fameuse nuit par un imposant rival surgi de nulle part et que la petite troupe n’a pas revu depuis. L’angoisse de le voir ressurgir était perceptible et les mâles se tenaient à l’aguet. Cette nouvelle n’eut pas dû le perturber autant. Pourtant une sourde prémonition montait en lui. Il percevait chez Camelia, bien qu’apaisée depuis son entrée en fonction, une sorte de vide intérieur qui ne lui présageait rien de bon et contre lequel il ne pouvait pas grand-chose. Seul un éloignement et un hébergement provisoire à l’hospice pouvait peut-être apporter une solution définitive à son problème. C’est dans cet état d’esprit qu’il s’ouvrit à Leona lui proposant d’emmener sa fille. Sa colère fut soudaine et sa réponse sans équivoque. Il n’était plus le bienvenu parmi eux.

C’est penaud qu’il avoua à son supérieur la fin de sa mission chez les Tullius et qu’il reprit ses corvées habituelles. Une semaine passa ainsi. Il ne pouvait s’empêcher de repenser aux détails de l’affaire et maintenant qu’il en avait le temps, il trouvait particulièrement curieux la simultanéité des différents évènements. L’agitation aux abords du quartier basilik n’avait jamais vraiment cessé et le confinement continuait parait-il. La tentation lui vint d’aller y faire un tour. Par le fleuve le déplacement n’était pas trop long. Il pouvait emprunter un équipage de l’hospice situé sur la berge même et dont les embarcadères privés étaient un lieu de perpétuel mouvement. Aussitôt dit aussitôt fait. Le voila arpentant les abords du quartier maintenant interdit. Une troupe de miliciens improvisés s’en prend devant lui à un pauvre homme égaré. Il s’interpose et par ses techniques de combat non violent parvient à faire entendre raison au groupe éméché. Il tente ensuite de pénétrer sous l’ombre des grands arbres. Il a beau être drillé depuis sa plus tendre enfance à passer inaperçu, sa réputation de fantôme n’a pas suffi. Il sent sur lui le regard menaçants de guetteurs embusqués sur les branches et préfère rebrousser chemin avant de recevoir une volée de flêches. La nuit est tombée. Il est temps de rejoindre la barque auprès du fleuve et d’admettre qu’il a fait une fois de plus choux blanc lorsque soudain il aperçoit des ombres surgir du quartier basilik et se glisser subrepticement dans les ruelles voisines. L’alarme est très vite donnée de toute part. L’invasion recommence sous ses yeux!

Parler d’invasion serait exagéré. Il s’agit plutôt d’une tentative désespérée d’individus isolés et peu organisés de franchir les mailles du filet et de pénétrer plus avant dans la ville. Ils se font pour la plupart très rapidement prendre et décapités sur le champ. Sarliis tombe sur deux d’entre eux. Interloqué par leur répugnante figure clairement reconnaissable sous la lumière blême de la lune, il ne réagit pas et c’est encore plus surpris qu’il les voit s’approcher et tenter de le convaincre de se joindre à lui pour combattre le monstre, la menace qui pèse sur la ville, la créature du néant qui est apparue récemment. Leurs propos ne sont pas bien clairs et la direction qu’ils indiquent ne l’est pas plus. Lorsqu’il reprend ses esprits, il se rend compte qu’une petite troupe armée vient de faire son apparition dans la ruelle et que s’il ne fait rien ils vont tomber sur ces deux interlocuteurs. Intrigué il décide de les aider et ment effrontément au chevalier léorde en l’envoyant lui et ses hommes dans une mauvaise direction. Pris d’une soudaine frénésie de mensonges, il se met à parcourir pendant quelques temps le quartier en prenant un malin plaisir à tromper son monde et à les induire en erreur. Dégouté de lui-même, il finit par retrouver la petite embarcation mais au moment où elle se détache du ponton, deux ombres se glissent dans l’eau et s’accrochent à la balustrade faisant mine de vouloir grimper. Leurs faces livides et grimaçantes ne sont que trop facilement reconnaissables. Il se saisit d'une rame et frappe le premier qui lâche prise entrainant le second. C’est épuisé qu’il revient enfin à son port d’attache.

Le lendemain, un messager des Tullius le faît mander au palais. La situation semble y être très confuse. Les trois servantes ont été à nouveau trouvées inanimées et Leona souhaite que Camelia poursuive son traitement. Il n’a qu’à descendre dans la grande salle pour comprendre qu’un nouvel afflux a eu lieu cette nuit. Les victimes proviennent d’un autre endroit situé non loin de là, mais lui aussi en contre-bas du palais Tullius.
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par Orfeo² »

Très sympa, ça confirme que Féals est un jeu freudien :lol:
J'ai hâte de voir la fratrie se former. Merci de tes efforts de retour !
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Je vais avoir besoin d'un peu de temps pour écrire la suite. Merci d'apprécier.

Oui c'est assez freudien comme approche. :D Le problème étant que le joueur de Sarliis est plus habitué à jouer un guerrier disons chaotique a défaut d'être vraiment mauvais. Et je ne sais pas pourquoi en parcourant les différents peuples proposés par CdF, il est allé choisir celui-ci, attiré pour le coup par le coté asexué du gentil moine shaolin. J'ai donc un peu joué sur ce tableau et il a du mal à se contenir. :D

Pour la bonne compréhension, l'histoire de Sarliis se termine une semaine avant que ne commence le récit de Liopleurodes et Tiberius mais leur partie a été jouée avant. Voila voila.
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

La bannière
Tiberius déteste cette foule avide qui se presse autour de son cheval. Elle s’agglutine monstrueuse sur leur parcours depuis le départ de la citadelle impériale. Ses hommes en rang devant lui ont toutes les peines du monde à avancer et il ne sait quel ordre leur donner. Il serre les poings pour faire refluer l’envie folle qui lui vient de fendre cette masse de gens et de fuir vers ses chères montagnes. Depuis son arrivée, il doit lutter sans cesse contre un sentiment de dégout qui monte en lui rien qu’à sentir l’odeur infâme de ces quartiers puants. Une peur panique le prend parfois à l’idée de perdre son âme dans cette ville corrompue, des bas-fonds jusqu’aux allées du pouvoir. Pour tromper la sensation de vertige, il garde les yeux fixés sur son frère et tente de calquer sa gestuelle sur la sienne.

Il faut admettre qu’il a très bien préparé la chose. Ce défilé, certes bruyant et ostentatoire, est un triomphe pour le nouveau chef de la maison Tullius. La musique des fifres et des tambours s’entend de loin. Le nombre de serviteurs et de gardes, leurs livrées rutilantes et la richesse de l’équipage, tout est fait pour impressionner les badauds. Le pain et la monnaie jetés depuis des chariots à l’arrière se chargent de convaincre les plus difficiles. Personne n’est censé ignorer après leur passage, le retour en grâce dont sa famille vient de bénéficier. Il n’échappe pourtant pas au jeune provincial ébahi que l’intérêt du plus grand nombre se porte sur sa personne et sur la bannière qu’il porte fièrement à bout de bras. Elle lui donne de l’assurance et le courage de continuer à avancer parmi les milliers de paires d’yeux inquisiteurs. N’était ce représentant assez hideux du peuple taraséen, à quelques pas de lui, immense carcasse ballottée par la houle, il se serait cru lui, son lion blanc et son étendard, la principale attraction de cette mascarade grotesque.

L’arrivée au palais est du pure délire. La fête bat son plein. Les pavés sont jonchés de fleurs. Les gens semblent ivres du vin qu’on leur a généreusement distribué. La totalité de la clientèle et de la parentèle est là pour acclamer les deux frères de retour de l’entrevue impériale. Devant ses amis, ses obligés, sa famille agglutinée au balcon, Primus ne peut s’empêcher de discourir. En quelques mots sobres lâchés d’une voix forte, il réclame pour sa famille les honneurs dus au chef mort au combat et il demande d’accueillir dignement celui qui est l’image même de ce père trop tôt disparu. S’étant approché, il saisit d’un mouvement brusque son demi-frère et lui donne une accolade passionnée sous les hourras puis s’incline devant la bannière fièrement dressée. C’est côte à côte qu’ils font ensuite leur entrée dans la demeure ancestrale.

Tiberius n’a pas le temps de faire trois pas à l’intérieur qu’une ombre se jette sur lui et tente de s’emparer de l’oriflamme surmontée d’un griffon qu’il a reçu de son père en héritage et qu’il a amené de si loin pour être sanctifié par l’impératrice. Ce n’est que sa sœur, aussi hystérique que la foule à l’extérieur. Elle s’agrippe en pleurant au long manche noir-ébène surmonté d’une corne de licorne. Elle semble découvrir l’objet pour la première fois et exige d’en avoir la possession. Le jeune soldat la repousse gentiment, maudissant intérieurement cette jeune sotte maladive qui fait un tel scandale au moment le plus fâcheux. Un jeune hospitalier caladrien sort alors des rangs et vient relever la ridicule enfant. Il essaie de la calmer mais son art semble inopérant tant son désespoir semble profond. La situation devient particulièrement gênante. Primus s’approche alors, un sourire aux lèvres mais le regard dur. Il demande à son jeune frère de lui donner l’objet afin de faire cesser ce lamentable spectacle. Tiberius hésite mais finit par céder à contrecœur. C’est particulièrement inquiet qu’il voit l’emblème disparaître vers les étages et c’est l’esprit ailleurs qu’il se mêle aux invités venus le féliciter.

De cette soirée pourtant mémorable, il ne garde que peu de souvenirs utiles, quelques noms, l’une ou l’autre gracieuses silhouettes et partout toujours son frère lui présentant de nouvelles têtes et l’entrainant vers un autre groupe. Sa belle-mère, froide et hostile, l’observant de loin. Le caladrien, énigmatique, le jaugeant du haut de l’escalier. Son lion blanc dont il ne s’est même pas occupé et qui s’en va rejoindre ses soldats, eux aussi délaissés, auprès des écuries. Et puis cette petite odeur de marée caractéristique, lorsque l’ambassadeur taraséen est dans les parages. Il semble seul et ne connaître personne. Il essaye de lier connaissance avec ces personnages tous influents mais le refus essuyé quelques heures auparavant auprès de la souveraine ne l’aide guère. Il parvient néanmoins à tirer son épingle du jeu et Tibérius observe amusé ses mimiques de bonimenteur professionnel. En voilà un qui semble plus à l’aise que lui dans cet environnement. Mais Primus est déjà de retour, grand requin blanc au milieu du banc de poissons, entrainant l’émissaire océanique dans son sillage.

Il les réunit à l’écart dans une pièce de ses appartements privés, loin de l’agitation. C’est autour d’une carte des mers du sud, qu’ils discutent routes commerciales, désenclavement du fief paternel et affaires lucratives. Les rêves de richesse paraissent bien lointains pourtant. La mission impériale est nettement plus concrète et dramatiquement plus proche. Les délais n’étaient pas très clair ni les moyens mis à disposition. Primus semble en savoir plus long sur ce qu’on attend d’eux. Il est tantôt vague tantôt disert mais toujours enthousiaste. Cette affaire qu’on leur demande de régler est selon lui une occasion unique de se mettre en valeur et d’amasser un plantureux butin. Il les prévient qu’un conseil se tiendra le lendemain en la citadelle des lions pour mettre le plan en exécution et que toutes les questions trouveront une réponse là-bas. Leur présence y est requise. Une chambre est à la disposition de Liopleurodes afin qu’il n’ait pas à rejoindre son navire. La réunion prend fin sur cette amabilité. Les invités ont trop longtemps été privés de leurs hôtes. Une dernière apparition dans la grande salle est maintenant nécessaire pour les adieux.

Lorsqu’il est enfin libéré de ces mondanités, Tiberius se rend dans les appartements de sa sœur afin de vérifier le sort fait à son précieux héritage. A sa grande surprise il le trouve déposé auprès d’un petit autel dédié visiblement à son père. Il y reconnait là des objets familiers portés jadis par le défunt. Il les touche ému par les souvenirs qu’ils raniment. Tout est calme dans ce coin du palais. Lorsqu’il se retourne il tombe nez à nez avec le caladrien, présence silencieuse mais oh combien attentive de la scène. L’échange est feutré, histoire de ne pas réveiller la jeune femme endormie. Elle s’est considérablement apaisée depuis que l’objet est en sa possession. Le moine entrevoit enfin une guérison possible face au mal qui semble la ronger. Il tente de décrire du mieux qu’il peut la situation et va même jusqu’à parler des évènements étranges dont il a été le témoin. Mais le jeune provincial ne semble pas prendre pleinement conscience des enjeux. Il ne pense qu’à reprendre son bien. Il hésite finalement et accepte de le laisser une nuit à la garde de sa demi-sœur mais refuse catégoriquement de le lui confier définitivement. Il finira bien par quitter cette maudite ville un jour et ce sera avec sa bannière à la main.

Le lendemain matin, son premier réflexe est de retrouver son lion blanc et de remobiliser sa troupe. Elle se remet lentement, elle aussi, de la fête de la veille. Gracchus, son officier, a heureusement gardé un semblant de tête sur ses épaules et a pu maintenir une apparence d’autorité sur ses hommes. Ils seront prêts pour escorter le prochain déplacement. Gracchus, n’a pas perdu son temps durant ces quelques jours. Il s’est mieux que lui adapté à l’environnement urbain et ses pièges. Tiberius note avec plaisir, que le voyage jusqu’à la citadelle Leorde se déroule sans encombres, la petite troupe se frayant habilement un passage dans la cohue de cette cité constamment agitée. C’est la seconde fois qu’il pénètre dans la prestigieuse enceinte de la première place forte de l’ordre. Il est déjà venu se présenter il y a quelques jours au grand maitre, personnage impressionnant avec sa crinière noire argentée. Cette première rencontre s’est bien déroulée, une discussion franche sans cérémonial particulier, juste la reconnaissance mutuelle de deux hommes portés plus haut que leurs semblables par la grâce des griffons.

Le conseil réunit essentiellement des chevaliers léordes, des officiers de l’armée ou des hauts-représentants de l’administration impériale. Les deux seuls intrus portent sur leur visage, l’un des plumes d’aigles l’autre des barbillons, des excroissances molles tombant de chaque côté de la bouche. Primus fait cesser les apartés et présente son demi-frère et Liopleurodes, les nouveaux venus. Les questions sont essentiellement destinées à ce dernier, chacun cherchant à évaluer le temps nécessaire pour évacuer la population basiliks, les capacités d’hébergements du monstre marin, les contraintes techniques de l’opération,…. Le diplomate tente de répondre du mieux qu’il peut mais reçoit peu d’information en retour. Le seul qui semble en disposer sur les habitants du quartier à évacuer est le membre de l’Eklesia. Il est visiblement la seule personne ayant des contacts direct et régulier avec les autorités basiliks. Celles-ci sont désemparées et refusent pour l’instant de se soumettre au décret impérial. Elles souhaitent rencontrer les responsables de l’évacuation avant de prendre une décision définitive. Le prêtre propose d’organiser une rencontre le lendemain en fin de journée. Rendez-vous est donné à la citadelle pour un départ à dos de griffons.

Le point essentiel ayant été traité, les apartés reprennent très vite et Tiberius perd rapidement le fil des multiples conversations simultanées. Son frère semble voler de groupes en groupes, réglant les différents problèmes soulevés, tranchant dans le vif si nécessaire. Il a le don rare de garder à l’esprit le plan d’ensemble lorsqu’il règle des détails et de ne pas oublier ceux-ci lorsqu’il décrit sa stratégie à des membres réticents. Difficile de comprendre néanmoins ces objectifs personnels et les méandres de sa pensée. L’homme est très certainement retors mais son langage corporel ne trahit aucune pensée déloyale. Il ne sert apparemment que l’empire et l’impératrice dont il a déjà été le favori attitré et dont il espère à nouveau les faveurs. Le désir d’une gloire plus grande que son père peut être la source de sa motivation mais cela laisse Tiberius de marbre. L’ambition ne le lui fera jamais tourner la tête. Son fief montagnard seul lui manque. Là, il est roi. Ici il n’est qu’un pion et il ne comprend toujours pas le rôle qu’on tient à lui faire jouer. Le grand maitre de son ordre doit lire dans ses pensées car il l’attire à l’écart.

Son ton est bienveillant. Il lui explique calmement ce qu’on attend de lui. Il sera le moment venu en charge des troupes qui investiront le quartier et il sera tenu responsable de l’évacuation en bon ordre des habitants vers les embarcations taraséennes. Il était nécessaire que l’ordre conserve la main-mise dans cette affaire mais l’armée voulait son mot à dire. Le génie de Primus aura été de parvenir à proposer sa solution en préservant l’honneur de chacune des parties. C’est ainsi que lui revient la difficile tâche de traquer la charogne dans les moindres recoins et de l’empêcher de franchir les mailles du filet, son frère s’étant attribué le pouvoir de diriger les opérations au niveau de la ville toute entière. A ces mots, le regard de l’ancien cherche une lueur de compréhension sur la figure du plus jeune mais n’en trouve pas. Il n’en dit cependant pas plus et enchaine sur un tout autre sujet. Avant de prendre ses nouvelles fonctions, ce qui devrait prendre encore du temps, il lui demande de mener une investigation rapide dans le quartier des Tullius. L’enquête à réaliser est du ressort de l’ordre au vu de l’ampleur des évènements. La localisation des faits, non loin du palais familial, le désigne de manière assez évidente pour cette tâche. La liste des délits est longue, tout étant consigné sur deux feuilles de papier, une pour chacun des soirs où la folie semble s’être abattue sur deux pâtés de maisons différents engendrant diverses émeutes. Des cas de suicides, des tentatives de meurtres incompréhensibles, des troubles urbains violents et imprévisibles. Il a déjà entendu des récits de ce genre récemment mais sa mémoire fatiguée ne parvient pas à se souvenir où ni avec qui. Ce n’est que sur le chemin du retour qu’il repense au moine caladrien.

De retour au palais, il se rend directement dans les appartements de sa sœur. Elle l’accueille rayonnante et de bien meilleure disposition. Un peu surpris, il accepte sa proposition de diner en sa compagnie et se retrouve ainsi à échanger des souvenirs d’enfance avec elle. Sarliis se joint très vite à eux à son très grand soulagement. Il semble être devenu le confident de la jeune dame et il tente de tempérer les propos toujours très emporté de sa patiente. Elle demande et redemande des descriptions du tombeau de son père, des détails sur les derniers moments de sa vie. Elle parait sublimée lorsqu’il évoque leur rude vie de militaire dans les montagnes. Il finit par comprendre le besoin d’évasion qu’elle ressent et il lui propose alors de l’accompagner dans son voyage de retour. Elle accepte enthousiaste, au comble de la joie. Sarliis fait bien remarquer que la mère, si pas le grand frère, s’opposera farouchement à cette décision mais personne ne l’écoute. Tiberius profite de l’effet de cette annonce pour prendre congé de sa sœur et entraine avec lui le jeune caladrien. Il tient à remplir immédiatement ses obligations vis-à-vis de l’ordre et a besoin de réentendre le récit du seul témoin privilégié qu’il connaisse.

Durant une grande partie de la nuit, ils visitent ensemble les principaux lieux et tentent de retrouver d’autres témoins des évènements. Tiberius réveille les magistrats du quartier tout heureux de recevoir cette hôte de marque qui prend enfin à cœur les affaires de la cité. Il se fait ouvrir les registres mais n’y trouve rien qu’il ne connaisse déjà. A moins de parler de folie collective, il n’y a pas d’explications possibles. Seul Sarliis a une explication à lui proposer mais rien de concret pour l’asseoir. La vision qu’il a eue en soignant une servante de sa sœur lui a permis d’identifier l’hypnose comme étant la cause des troubles mentaux dont ont été victimes des gens de toutes conditions et pour la plupart sans antécédent. Mais personne n’a la moindre idée de ce qui a pu générer ce phénomène, tous les témoins directs en ayant été les victimes. Sarliis tente d’induire un lien avec les évènements du quartier basilik mais Tiberius n’aime pas mélanger les problèmes et pire encore il déteste l’idée que sa famille puisse être mêlée à tout cela. Il doit pourtant se résoudre à interroger les trois servantes de sa sœur ainsi que les gens de maison, ce qu’il fait à l’aube.

Ces derniers n’ont rien entendu si ce n’est un garde qui se souvient avoir perçu une présence dans le jardin. Les servantes, elles, rechignent à reparler de tout cela. Sarliis utilise à nouveau le pouvoir de ses mains pour les apaiser mais au contact de la même jeune femme, la vision ressurgit dans son esprit, plus violente, plus précise que la première fois. Il distingue clairement la forme d’un paon sombre, la large queue déployée arborant de multiples lumières, s’avançant dans la pièce depuis la chambre de Camelia. Il parvient à s’arracher de cette hallucination et se retrouve, le corps trempé de sueur, sur le sol de la pièce dans laquelle l’assemblée le regarde stupéfait. Comme il le dira plus tard à Tiberius, il lui est difficile de faire la part du fantasme et de la vérité dans ce qu’il a aperçu brièvement. La scène lui est apparue terriblement réelle mais d’autre part elle correspondait à ce qu’il suspectait déjà et il craint que son esprit n’ait tout inventé. Tiberius est abasourdi et ne sait comment réagir. Sarliis lui parle alors de ce qu’il a commencé à faire en grand secret. Comprenant l’impact que pouvait avoir sa bannière sur le moral et l’esprit de Camélia, il a profité de l’avoir sous la main pour la bénir et tenter de la sanctifier en l’entourant d’un champ d’ondes bénéfiques. Il n’a que peu progressé dans cette voie mais si on lui laisse le temps il pense pouvoir transformer l’objet en réceptacle et renforcer ainsi son impact sur Camélia. De cette manière, il espère pouvoir l’aider à rejeter le mal en elle et empêcher de nouvelles apparitions de l’entité monstrueuse.

Ainsi s’est achevée la première partie en commun de mes trois joueurs. Je n’étais pas très satisfait de ma soirée, le rythme ayant été très lent. Je n’ai pas pu placer beaucoup d’actions une fois de plus et j’ai bien senti l’ennui envahir certains lorsque je les délaissais pour m’occuper des autres. Mon premier objectif était de souder le groupe et de leur donner des raisons d’être ensemble malgré leurs origines variées. Je pense y être partiellement arrivé à l’exception de Liopleurodes et Sarliis qui ne se connaissent pas vraiment. Tiberius sert de lien et sur lui repose toute l’intrigue.

Pour l’anecdote, la nouvelle vision que subit Sarliis n’était pas préméditée. Le joueur, tout comme la première foi, a réalisé un ou des zéros sur son jet de dés lors de la résolution de l’action et a décidé de les transformer en succès avec les conséquences que vous savez. Sa connaissance du néant progresse, d’autant qu’il a décidé à chaque fois de garder cet évènement comme l’expérience principale qu’il retire du scénario. Son état mental, sa réputation ont néanmoins fait les frais de cette prise de risque.
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Salanael
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par Salanael »

Le conseil réunit essentiellement des chevaliers léordes, des officiers de l’armée ou des hauts-représentants de l’administration impériale. Les deux seuls intrus portent sur leur visage, l’un des plumes d’aigles l’autre des barbillons, des excroissances molles tombant de chaque côté de la bouche. Primus fait cesser les apartés et présente son demi-frère et Liopleurodes, les nouveaux venus. Les questions sont essentiellement destinées à ce dernier, chacun cherchant à évaluer le temps nécessaire pour évacuer la population basiliks, les capacités d’hébergements du monstre marin, les contraintes techniques de l’opération,…. Le diplomate tente de répondre du mieux qu’il peut mais reçoit peu d’information en retour. Le seul qui semble en disposer sur les habitants du quartier à évacuer est le membre de l’Eklesia. Il est visiblement la seule personne ayant des contacts direct et régulier avec les autorités basiliks. Celles-ci sont désemparées et refusent pour l’instant de se soumettre au décret impérial. Elles souhaitent rencontrer les responsables de l’évacuation avant de prendre une décision définitive. Le prêtre propose d’organiser une rencontre le lendemain en fin de journée. Rendez-vous est donné à la citadelle pour un départ à dos de griffons.
Précisions toutefois que l'ambassadeur tarasséen a allègrement mis les pieds dans le plat lors de cette réunion. Car si l'opération semble entendue de la part de l'impératrice, il est fort probable que certains ne l'entendent pas de cette oreille :

-Les Basiliks : il va falloir qu'ils soient d'accord d'être déportés et de payer pour le trajet. Et pour les transporter, il va aussi falloir se mettre d'accord sur leur nombre qui est totalement inconnu des autorités d'Aldaranche. Faute d'avoir pu obtenir des promesses de paiement de la part des Grifféens, Liopleurodès obtient néanmoins les vivres nécessaires pour nourrir tout ces passagers.
-Efroth : il y a déportation, certes. L'objectif de cette migration forcée est connu, il s'agit d'Efroth. Cette ville grifféenne est située au nord d'Aldaranche, à l'opposé du golfe qui les baigne toutes les deux. Jusque là, pas de soucis. Mais lorsque Liopleurodès demande innocemment si les autorité d'Efroth sont au courant et apprécieront l'arrivée de tout ces immigrés, un grand silence se fait dans la salle. Primus Tullius doit d'ailleurs prendre à partie le Tarasséen pour lui expliquer qu'Efroth est en fait la concurrente d'Aldaranche et qu'elle ne reconnaît que du bout des lèvres l'autorité de l'impératrice, étant plus sous l'influence de l'Eklésia. Liopleurodès se fait déjà la voix des Basiliks en réclamant des garanties pour que les déportés puissent s'installer sans danger là où la Tarasque les déposera. À ce point de vue, Liopleurodès explique bien au Grifféens que s'ils ne veulent pas payer pour le transport, ce n'est pas eux les clients, mais les Basiliks. En conséquence, c'est donc eux qui décideront d'où ils iront. Les Grifféens sont donc bien avisés d'avoir des garanties pour la sécurité des Basiliks à Efroth s'il veulent envoyer ce problème à l'autre port ... et ils le veulent.
-les autorisations : c'est bien gentil de faire sa pute, de refuser à Acheloos(sa Tarasque) de mouiller dans les ports grifféens et puis de demander de rendre service à Aldaranche et l'impératrice, mais il va falloir payer le prix. Liopleurodès joue sciemment au con en précisant que s'il n'a pas d'autorisation de s'approcher d'Aldaranche, il ne pourra rien faire. Il demande donc au moins cela en paiement du service. Primus tente de calmer le jeu en précisant qu'il y aura une dérogation pour l'occasion et promet (mon cul !) qu'il y aura une autorisation plus générale après.

Au final, les négociations s'avérèrent mitigées pour le Tarasséen :
-pas d'argent de la part des Grifféens
-des garanties et de la nourriture pour les Basiliks
-une promesse d'ivrogne pour les autorisations d'approcher le port :mrgreen:
Ainsi s’est achevée la première partie en commun de mes trois joueurs. Je n’étais pas très satisfait de ma soirée, le rythme ayant été très lent. Je n’ai pas pu placer beaucoup d’actions une fois de plus et j’ai bien senti l’ennui envahir certains lorsque je les délaissais pour m’occuper des autres. Mon premier objectif était de souder le groupe et de leur donner des raisons d’être ensemble malgré leurs origines variées. Je pense y être partiellement arrivé à l’exception de Liopleurodes et Sarliis qui ne se connaissent pas vraiment. Tiberius sert de lien et sur lui repose toute l’intrigue.
Le rythme était lent, certes, mais il y avait des excuses : c'était la première fois que Liopleurodès et Tullius rencontrèrent Sarliis ... joueurs comme persos. Avant même de commencer, on a perdu beaucoup de temps à faire connaissance. Enfin, quand je dis "perdre du temps", entendons-nous bien : uniquement du point de vue scénaristique. À part ça, on s'est bien amusés quand même et l'ambiance était chouette. Et puis, effectivement, il n'y avait aucun lien à créer entre Sarliis et Liopleurodès. Sarliis avait ses liens avec la famille Tullius, mais Liopleurodès débarquait et n'avait aucune raison de se tourner vers le seul Caladrien de l'assemblée. Ce problème sera réglé à la séance suivante même si on aura un peu forcé les choses pour cela. Je ne me suis pas ennuyé même si, il faut bien l'admettre, j'ai assez peu joué lors de cette séance. A part les négociations à la tour des Léordes, je n'avais pratiquement rien à faire avec Liopleurodès. Les séparations de groupes ralentissent beaucoup le rythme de jeu, c'est sur, mais elles permettent à chacun de briller dans son domaine il me semble. En fait, on a jouer de manière très logique pour nos personnages et le roleplay est d'un assez bon niveau, même pour ceux (celui ? Sarliis ?) qui sont pas trop dans leur éléments.
Dernière modification par Salanael le mar. janv. 15, 2013 8:21 pm, modifié 2 fois.
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CANARD
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Merci Salanael.

J'ai volontairement zappé ta partie des négociations en centrant mon récit sur Tiberius.
J'allais revenir sur les infos que tu avais obtenue dans le CR de la partie suivante.

Et c'est vrai que la soirée a surtout servi à faire connaissance, joueurs comme personnages.
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CANARD
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Le début de la partie suivante.

Le premier repas de la fratrie

Liopleurodes n’a pas l’esprit tranquille. Il n’est pas particulièrement satisfait de la tournure des évènements. S’il n’avait jamais pris l’ambassade à Aldarenche pour une sinécure, il était tout de même assez loin de s’imaginer dans quel pétrin il allait mettre les pieds. Ce que le conseil lui a permis d’entrevoir la veille, ce n’est rien de moins qu’une reprise en main vigoureuse des affaires par le parti impérial. Et bien malgré lui, il va devoir entrainer sa chère Acheloos dans la mélée. L’évacuation du quartier basilik n’est que le point de départ, le déclencheur d’une répression plus vaste qui va s’abattre sur tout ce qui s’oppose à l’autorité de l’impératrice. La menace charognarde inopinément apparue sous le couvert des grands arbres est le prétexte parfait pour autoriser les légions à pénétrer dans l’enceinte sacrée de la capitale et à y mettre bon ordre. La ville bruisse de rumeurs toutes plus alarmantes pour les quelques grandes familles qui ont osé s’opposer à la souveraine. La famille Tullius, sans la protection du patriarche fraichement décédé, sans le génie de l’ainé, aurait pu être du nombre, proie facile et cousue d’or. Mais Primus n’a-t-il pas été trop loin en prenant la tête des opérations et en attirant sur les siens le courroux éternels des futures victimes ? Et la promesse d’un futur mariage avec l’héritier présomptif vaut-elle la prise de risques réellement encourus ? Ces questions le lancent alors qu’il grimpe lentement la colline qui mène au palais de ceux auxquels son destin et celui de son peuple semblent étroitement lié.

Acheloos est une toute jeune Tarasque qui vient de s’émanciper de l’autorité de ses ainées. Elle n’a pas la réputation de ses dernières ni leur degré d’organisation. Il n’a dès lors ici aucun relais sur lequel s’appuyer, aucune demeure officielle où résider. Son navire et l’équipage qui le compose sont les seules marques de son pouvoir. L’hospitalité des Tullius était au fond bienvenue. Et même s’il risque de s’aliéner la moitié de la ville en s’affichant avec eux, il peut à court terme bénéficier des services d’une des plus riches et anciennes familles grifféennes. Ce n’est pas à négliger alors que se négocie le contrat le plus difficile de leur courte histoire. Mais c’est précisément là où le bât blesse. Passe encore qu’on leur concède du bout des lèvres le ravitaillement nécessaire et qu’on leur barguigne cet autorisation de commerce dans les ports grifféens. Peu importe finalement si l’opération ne se révèle pas bénéficiaire. Ce qui le taraude au fond c’est ce sentiment de tragédie imminente qui pourrait salir à jamais la réputation et l’âme de sa cité. La déportation de la population basilique, au nombre indéterminé, a peu de chance d’aboutir à une issue heureuse. Outre qu’il ne parvient pas à se convaincre qu’Acheloos a les capacités d’hébergement nécessaire, il lui est clairement apparu au détour d’une question posée ingénument hier au conseil, que leurs chances de survies étaient pratiquement nulles. Il s’était imaginé naïvement qu’une fois embarqués, les taraséens allaient emmener leurs passagers à la destination de leur choix. Primus s’est alors chargé de lui expliquer, un peu gêné, qu’ils « souhaitaient » que la « marchandise » soit débarquée à Efrath, le grand port du nord, la cité rebelle. Autant dire que le crime est prémédité, le drame souhaité.

Une surprise attend Liopleurodes à son arrivée au palais Tullius. Que Primus soit absent, il l’a envisagé et même espéré. Mais que Tiberius ne soit pas encore levé à passé midi voilà qui est stupéfiant. Il doit attendre quelques minutes avant que le jeune noble ne daigne se montrer et en compagnie du moine caladrien encore bien. Ce dernier se joint à eux comme si de rien n’était. C’est autour d’un repas consistant qu’ils partagent leurs impressions. La nuit a apparemment été longue pour ses deux interlocuteurs. Ils ont enquêté sur des évènements troublants dans et aux abords du palais et sont arrivés à des conclusions surprenantes. Il ne peut en dire autant. Revenu au bateau, hier soir, il a informé les officiers dans les grandes lignes et ensuite sur un coup de tête, a emmené avec lui une escouade de forts gaillards afin de s’approcher du quartier basilik. Malheureusement, ils ont croisé en chemin une troupe de milice urbaine cherchant querelle aux étrangers. Il a préféré se réfugier dans une taverne providentielle et là payer suffisamment à boire à ses poursuivants pour leur faire oublier tout motif de discorde. Alors voir ces deux-là conjecturer sur l’apparition d’un monstre sorti du néant alors qu’il voudrait s’entretenir seul à seul avec son hôte des conséquences du conseil de la veille le met lentement mais sûrement hors de lui.

Liopleurodes doit se faire une raison. Tiberius souhaite que le jeune guérisseur les accompagne lors de l’entrevue avec les autorités basiliks. Il sera chargé de comprendre s’il y a un lien entre le comportement étranges des charognards et l’éventuel monstre. Le diplomate a déjà bien du mal à faire confiance en l’inexpérience de Tiberius mais la candeur de ce jeune Sarliis ne lui dit rien qui vaille. C’est de mauvaise grâce qu’il accepte et c’est avec prudence qu’il énonce ses conclusions : la nécessité de négocier un sauf-conduit de l’impératrice pour permettre à la population basilique de s’installer dans l’ancienne Efrath, la ville détruite et abandonnée. Soulagement, son partenaire forcé abonde dans son sens. Il propose même d’exiger que l’ordre des lions blancs prenne en charge la sécurité de la zone où seront débarqués les déportés. L’idée n’est pas mauvaise et pourrait rassurer « la marchandise » pour autant que cela soit possible. Le trio clôture la discussion en se partageant les rôles. Le taraséen tentera de convaincre ses clients de sa bonne foi et mettra en place l’embarquement. Le chevalier leorde se montera ferme à l’image de la volonté des autorités d’aller jusqu’au bout du projet. Le caladre, personnage neutre et bénéficiant de la bonne réputation de son peuple, tempérera les débats, tout en posant les bonnes questions.

Retour à la citadelle leorde où un nouveau conseil a lieu avant le départ. Liopleurodes expose ses desideratas en exigeant assez fermement un écrit de l’impératrice pour couvrir ses activités. Seul Primus ose lui répondre et lui promettre qu’il aura son papier. Tiberius avance alors sa proposition impliquant son ordre mais le grand-maitre l’arrête tout de suite en refusant catégoriquement de risquer sa réputation dans une opération, pour laquelle il ne dispose pas des forces suffisantes. Tiberius tente de lui faire changer d’avis mais son supérieur ne veut rien entendre. Les apartés reprennent. Primus interrompt le leur furieux et lui montre le moine en grande discussion avec le prêtre de l’Eklesia. Sarliis semble s’être décidé à poser les bonnes questions trop tôt et à la mauvaise personne. Primus dit l’avoir surpris parlant de Camelia en des termes peu élogieux et il exige que cela cesse. Tiberius fait taire immédiatement l’imprudent et lui ordonne de monter au sommet de la tour sans plus tarder. Lorsqu’ils finissent par le rejoindre, ils le retrouvent tentant de se soustraire à l’interrogatoire serré du prêtre qui l’y a suivi et tente d’en savoir un peu plus. Le mensonge n’étant toujours pas l’épreuve favorite du jeune hospitalier, c’est avec soulagement qu’il voit apparaître ses compagnons.

Il y a maintenant foule sur la plateforme couronnant l’édifice. Trois beaux griffons attendent sur les créneaux que leurs passagers daignent monter sur leurs dos. Chacun d’entre eux peut porter trois personnes en toute sécurité. Il y a déjà les monteurs et le prêtre. Tiberius avait prévu d’emmener deux de ses hommes mais Liopleurodes est trop lourd et nécessite deux places pour lui tout seul. Il n’y aura donc qu’un homme en arme pour les protéger si cela tournait mal. Tiberius organise dés lors un plan de retraite avec les monteurs et leurs féals. Il se fait offrir une trompe et convient de signaux donnés à intervalles réguliers. Les griffons interviendront le plus rapidement possible en cas de rupture brusque des négociations. Soulagé par cette mesure, il se lance dans une courte prière adressée tant aux féals qu’aux personnes présentes et dans laquelle il insiste sur la nécessité d’une stricte discipline. Les trois montures réagissent instinctivement par des cris et des battements d’ailes. Des lions blancs éparpillés dans la forteresse répondent par des feulements. L’assemblée est prise d’un même frisson, comme traversée par la même onde d’énergie. Le jeune militaire semble avoir pris les rênes. Pour la première fois, Liopleurodes entrevoit une issue possible à cette terrible affaire. Il s’avance courageusement vers son fier destrier, croisant au passage le regard aimant de Primus posé sur son petit frère, inconscient de l’attention dont il fait l’objet.
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Salanael
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par Salanael »

Plus prosaïquement, en tant que joueur de Liopleurodes, je m'efforce de jouer à fond l'objectif de mon personnage qui est, à ce moment là, l'intérêt de la Tarasque Acheloos. Les Tarasséens sont des commerçants et Liopleurodès fait partie de leurs diplomates de haut-rang. Aussi essaye-t-il d'obtenir le plus possible tout en satisfaisant au mieux les désirs de ses clients.

Sauf que ses clients, dans ce cas-ci, ce sont les Basiliks, pas les Grifféens. Liopluerodès doit régulièrement leur rappeler. Il menace même à demi-mot de ne pas intervenir du tout s'il n'a pas de garanties pour les Basiliks.

Quand il retrouve Tullius et Sarliis, leur préoccupations lui semblent terriblement lointaines des siennes. Leurs théories concernant un monstre qui causerait des troubles dans certains quartiers et le lien avec la sœur de Tullius lui semblent un peu fumeuses. Très terre-à-terre, Liopleurodès voit quand même un intérêt à faire venir le Caladrien avec eux. C'est un élément extérieur, un témoin et un médiateur très crédible. Sa présence peut rassurer les Basiliks et forcer les Grifféens à montrer patte blanche. Qui plus est, malgré les différents entre les peuples caladre et tarasséen, les deux hommes sont sans doutes ceux dont le sort des Basiliks importe le plus dans cette ville. Cet objectif commun crée un lien assez rapide entre les hommes. Et puis, l'idée de faire un peu chier les pontes grifféens qui abusent un peu de la situation ne lui déplaît pas. Le jeune praticien grifféen, lui, bien qu'étant encore pétri d'idéaux, ne pense qu'à éradiquer la Charogne, quel qu'en soit le prix.
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Difficile de retranscrire une partie de jdr. J'essaie de rester synthétique et concis pour ne pas rendre mon récit illisible et lui garder un certain rythme. Par conséquent j'oublie des détails et je n"en rends pas d'autres avec une très grande fidélité. Merci Salanael d'approfondir ton personnage. Cette histoire est la notre, nous l'avons jouée ensemble. Il est naturel de l'écrire à quatre mains.

Le premier repas pris en commun, le vrai point de départ de la fratrie, a nécessité beaucoup plus de temps de jeu que ce que ces deux courts paragraphes suggérent. Dans mon désir de faire bref, j'ai d'ailleurs oublié un point crucial. Avant de partir à la citadelle et de là vers le rendez-vous dans le quartier basilik, c'est posé la question de la bannière. Tibérius voulait l'emmener et vous avez finalement réussi à le convaincre de n'en rien faire, ce qui je dois dire contrariait un peu mes plans. :mrgreen: Mais c'est là tout l'intérêt du jdr. On ne sait jamais prévoir vos décisions et il faut pouvoir parrer à l'imprévu. Ceci dit vous m'avez bien aidé par la suite pour me permettre de retomber sur mes pattes.

Autre point important que j'ai omis de signaler. Lorsque Sarliis a commencé à se faire remarquer lors du conseil, le maitre de l'ordre des lèordes s'est soudain souvenu qu'un personnage très ressemblant au jeune moine caladrien l'a délibérément conduit sur une fausse piste alors qu'ils intervenait avec ces hommes au abord du quartier basilik, un soir lors d'une attaque de charognard. Il a alors interrogé Tiberius sur les raisons de sa présence ici et ce dernier a du s'expliquer en brodant sur l'enquête en cours qui lui a été confiée la veille. L'entrée en jeu de ce pauvre Sarliis n'est vraiment pas passée inaperçue.

D'un point de vue technique enfin, la dernière scène du récit correspond à la première utilisation concrète par un joueur de sa prière aux féals et d'une particule de prière, dans ce cas-ci du mot "discipline". Jusque là, les joueurs ne savaient trop que faire de ce pouvoir supplémentaire.
Dernière modification par CANARD le sam. janv. 26, 2013 9:11 pm, modifié 1 fois.
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captain_gregoo
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par captain_gregoo »

Tous ces retours sont géniaux....merci et bonne continuation :rock
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Re: [CR] Chronique des Féals

Message par CANARD »

Fin de la troisième partie.

une bonne pipe au coin du feu

En quelques battements, les griffons prennent leur envol. La vue est époustouflante mais le spectacle bref. Moins de cinq minutes plus tard, le prêtre indique du bras une zone dégagée au sein de la tache verte et la descente commence. Lorsqu’ils reposent les pieds sur sol, c’est au sommet d’une butte artificielle, un monticule de terre recouvrant partiellement d’anciennes habitations. Seul un rocher recouvert de mousse et de quelques arbustes se dresse dans l’herbe rase. Tout autour, dans la pénombre de la forêt qui les entoure, on distingue la structure de l’ancien quartier maintenant totalement enfuis sous les racines. Des tumulus reliés probablement entre eux émergent là où auparavant se trouvaient des demeures de pierres et de briques. Des éléments de construction sont encore apparents, notamment les cheminées et certains toits mais les fenêtres ont toutes disparu. Un calme étonnant règne. Peu de sons se font entendre. L’agitation de la ville est comme étouffée.

Un comité d’accueil finit par émerger et vient à leur rencontre. Le prêtre se charge des présentations. Les interlocuteurs sont peu nombreux et ont un habillement mêlant habilement costume traditionnel basilik et mode urbaine grifféenne. Seul un jeune homme semble imperméable à toute nouveauté. Ses cheveux sales sont partiellement recouverts de feuillage et de ronces. Il dissimule assez mal une masse cachée dans son dos, ses vêtements trop larges et usés laissant clairement apparaître de surcroît une peau parsemée de plaques terreuses. Son regard est étrange et son mutisme inquiétant. Il allume rapidement un petit feu bienvenu autour duquel les participants s’assoient. D’une poche, il retire trois pipes bourrées d’herbes et d’écorces, les allument et les fait circuler. Lorsqu’elles arrivent aux invités, le prêtre les invite d’un air confiant à imiter leurs hôtes et à ne pas les offenser. C’est avec un peu d’appréhension qu’ils se soumettent à cette pratique traditionnelle.

Liopleurodes n’hésite pas trop longtemps. Il a déjà une longue expérience de cérémonies analogues au sein de la tarasque pendant laquelle la prise de substances hallucinogène facilite une fusion des participants avec le féal et la prise de décision collective. Il en a vécu une toute dernièrement avant d’être envoyé à Aldarenche. C’est donc avec un peu de curiosité qu’il tire ses premières bouffées. Il ne reconnait absolument pas le mixte qu’on lui fait consommer et il ne perçoit tout d’abord aucun effet sensible. Sarliis et Tiberius semblent avoir des problèmes pour inhaler la fumée mais l’assemblée ne s’en émeut pas et les invite à poursuivre. Le temps passe lentement et comme il s’y attendait une certaine forme d’empathie apparait entre les participants. Les langues se dénouent et les palabres commencent. La perception du taraséen se modifie alors (avec l’aide du néant puisqu’il transforme un zéro en succès). Il prend conscience du sourd murmure qui semble surgir du rocher et la réponse en retour de la forêt environnante, attentive et prête à intervenir aux sollicitations du guide. Ce qu’il avait en effet pris pour un bloc de pierre se révèle être au final un être vivant partiellement minéralisé et végétalisé. Un visage y est maintenant clairement perceptible et lorsqu’une voix rocailleuse finit par en sortir le silence se fait immédiatement. Les pourparlers peuvent commencer.

Le prêtre basilik énonce lentement le ressentiment qui habite son peuple. L’autorisation d’habiter ce quartier leur a été octroyé il y a des siècles et ne peut être ainsi révoqué par l’impératrice. L’injustice est flagrante et les conditions dans lesquelles ont leur demande d’évacuer leurs logements l’est plus encore. Tiberius rappelle alors la trahison dont on les accuse, l’hébergement de charognards au sein même de la capitale, et la rupture de confiance totale que cela a engendrée au sein de toutes les couches de la population. Il réitère l’ordre d’évacuation et malgré une évidente sensation de nausée met toute son énergie (qu’il va chercher fort loin, transformation d’un zéro en succès) à montrer une détermination sans faille. Liopleurodes enchaine en insistant sur le fait que tout sera mis en œuvre par son peuple pour permettre une évacuation la moins douloureuse possible. Il se sent parfaitement à l’aise et il est heureux de constater que ses propos sont bien accueillis et rassurent ses interlocuteurs. Il s’enquiert du nombre de passagers à convoyer et essaie d’introduire la notion de coût. Ses questions très terre à terre bouleversent un peu les visages adverses mis en face de l’inéluctable. La prise de conscience est rude mais l’ambiance reste correcte. On lui cite le nombre de 5000 habitants, ce qui est énorme mais jouable. Quelqu’un introduit ensuite la question du «bétail» au nombre de 5000 têtes également. Il lui faut quelques temps pour comprendre qu’il s’agit des esclaves et il leur semble évident qu’ils vont les suivre puisqu’il s’agit de leur bien. Concernant le paiement et probablement pour changer de sujet, le vieil homme-pierre propose de payer en nature, décoctions et plantes, n’ayant pas de numéraire en suffisance.

Arrivé à ce stade, le silence s’installe. La désillusion semble grande dans le camp basilik. C’est le moment que choisi Sarliis pour se rappeler à la mémoire de tout un chacun. Se sentant lui aussi en pleine confiance (la transformation d’un zéro aura la aussi été nécessaire), il raconte son histoire et bien que bafouillant, parvient immédiatement à susciter l’intérêt de la partie adverse. L’étonnement est à ce point grand qu’elle se marque même sur le visage habituellement impassible du vieillard. Celui-ci reprend la parole et confirme l’apparition récente d’une créature du néant au sein même d’Aldarenche. Ce qu’elle est exactement, il n’en sait rien. Les morts-vivants ont ressenti par deux fois la présence de ce monstre potentiellement très dangereux. La plupart, pris de panique, ont réagi de manière spontanée en quittant le quartier et en tentant de s’attaquer de manière irréfléchie à la menace. Le maitre de la communauté charognarde qu’abrite le quartier n’a pu maintenir ses troupes. Le responsable basilik reprend ensuite son argumentaire initial, à savoir qu’il est injuste de faire payer à son peuple la faute d’un autre qui plus est commise dans une bonne intention. Une menace grave pèse sur la ville. Mais déjà toutes les têtes se tournent vers la silhouette élancée qui vient d’apparaître dans le cercle de lumière.

Son armure noire ouvragée lui donne une grande prestance. Sa tête, sur laquelle aucun cheveu ne saurait plus pousser, est traversée de cicatrices. Un soin tout particulier semble pourtant avoir été porté à la conservation des chairs. Quelques êtres nettement moins apprêtés l’accompagnent. Parmi eux, Sarliis n’a pas de mal à reconnaitre « La rame » au visage définitivement marqué et qui ne cesse de le fixer de son unique œil. Tiberius porte instinctivement la main vers son glaive mais ses gestes sont lents et sa volonté faiblarde. Un coup d’œil vers son garde du corps lui apprend que ce dernier n’est pas dans un meilleur état. Il est toujours sans réaction, la bouche ouverte, stupéfait par le spectacle. Dans le ciel, il entend un griffon crier. Il reprend alors ses esprits, se lève et souffle dans le cor comme convenu. Cela a le triple mérite de les secouer, d’apaiser les guetteurs volants et de rappeler à l’assemblée qui il est et où ils sont. Le maitre charognard le fixe d’un air sardonique puis lui demande de rester calme et de l’écouter. Le grifféen ne l’entend pas ainsi et refuse d’entendre son ennemi héréditaire. L’échange est vif et peu constructif. Chacun s’emporte. A la surprise générale, celui qui se fait appeler « Sire » propose aux visiteurs de leur montrer qu’ils ne viendront pas si facilement à bout de la résistance que pourra leur offrir le quartier basilik. Tiberius ne prend pas le temps de réfléchir et accepte.

Sous la conduite du souverain autoproclamé, la petite troupe s’engage dans le labyrinthe végétal et pénètre dans un tumulus. Les torches qu’on leur donne éclairent un spectacle inattendu. C’est une succession de pièces dans lesquelles ils surprennent des scènes de vies quotidiennes, pour la plupart des esclaves préparant hébétés le repas du soir sous la surveillance de leurs maitres. L’hygiène ne semble pas être le souci majeur. Après de nombreux détours, ils aboutissent dans une salle plus vaste remplie d’alcôves dans lesquels s’entassent des corps accroupis les uns contre les autres. Une multitude d’yeux se tournent vers eux semblant implorer quelque chose ou attendant un ordre. « Sire » promène sa torche sur ce spectacle avec un rictus triomphal. D’une voix où perce un certain sens de l’humour, il demande pour ces braves citoyens grifféens la clémence de l’impératrice. Mais déjà on les presse de remonter. Les responsables basiliques semblent avoir repris leurs esprits et le commandement des opérations. De retour à l’air libre, ils perçoivent le vol en rase motte des griffons. Tiberius se charge de les rassurer puis alors que les discussions reprennent timidement autour du feu, un cri retentit derrière eux.

Les charognards semblent être repris de folie. L’agitation atteint rapidement des sommets. Le monstre serait réapparu. Les morts-vivants surgissent de partout, se rassemblant dans une confusion croissante. « Sire » hurle des ordres que bien peu exécutent. Il tente d’empêcher ses troupes de quitter le quartier et les fait refluer tant bien que mal vers les trous dont ils sont sortis. Tibérius sonne la retraite. Il embarque avec son soldat sur le premier griffon, suivi de près par Liopleurodes. Lorsque Sarliis veut faire de même, il voit ressurgir le seigneur mort-vivant. Celui-ci exige de monter et d’être conduit vers la source du mal. Il essaie de convaincre le moine sachant pertinemment que ce dernier en sait bien plus qu’il ne veut l’avouer mais ses hurlements le paralysent. C’est le prêtre qui finit par trancher en enlevant sa cape et en la lui tendant. Il ordonne au monteur de mener ses deux nouveaux passagers vers la destination de leur choix. Le caladrien qui ne sait trop ce qui passe demande alors d’être reconduit au palais Tullius.

C’est un peu inquiet qu’il sent le vent d’altitude souffler sur sa figure. Derrière lui, la présence du « Sire » ne le rassure pas et sous lui, il ne parvient que difficilement à se repérer, la ville offrant un visage bien différent de nuit. Arrivé dans les jardins du palais, il se jette vers les appartements de Camélia mais il doit bien constater qu’ils sont vides tout comme le palais. Un départ en hâte semble avoir été orchestré, la plupart des objets usuels ayant été emportés. Sur l’autel, il note toutefois que les objets du petit culte paternel sont présents et que la bannière est toujours posée à proximité. « Sire » ne semble pas y attacher beaucoup d’importance. Il exige des explications et les ayant reçues ordonne de se remettre en route. La situation en ville a évolué. Vers le quartier basilik, les émeutes ont repris mais c’est un incendie proche qui attire leur attention. Le feu se propage rapidement. Des clameurs diverses l’accompagnent. Ils foncent vers la zone suspecte et aperçoivent un griffon au prise avec une masse sombre qui semble avoir le dessus. « Sire » brandit son épée et crie au monteur de passer à l’attaque. Sarliis souhaite descendre et demande à être déposé sur un toit. Il saute mais rate sa réception et dévale la pente en tentant de se raccrocher aux tuiles.

Tiberius a d’abord repris le chemin du palais familial mais remarquant qu’il n’était pas suivi par les autres a fait demi-tour et a attendu Liopleurodes. Le griffon de ce dernier suivait une trajectoire oscillante menant vers un quartier éloigné où semblait régner une agitation suspecte. Un départ de feu menaçait de prendre de l’ampleur. L’officier grifféen, s’inquiétant de cette situation et reconnaissant à proximité la silhouette caractéristique du palais du rival de son frère, l’homme qui a également demandé la main de sa sœur, fait diriger sa monture ailée vers cette demeure. Le griffon du taraséen, qui est descendu jusqu’au niveau du sol et a disparu un instant, ressurgit à ce moment en poussant des hurlements stridents. Il est au prise avec une masse sombre qui semble l’avoir attaqué. Les deux masses s’entremêlent et heurtent des toitures. Leur combat est d’une violence folle et le féal semble avoir rapidement le dessous. Un second griffon fait alors son apparition. Tibérius croit reconnaitre la cape du prêtre. Ce dernier brandit une épée impressionnante et se jette courageusement dans la mêlée. Tibérius se ressaisit enfin et cessant d’être spectateur, donne l’ordre de foncer vers ce qui semble être l’agresseur.

Liopleurodes, à peine après avoir décollé, a fermé les yeux et s’est lancé dans une prière silencieuse à son féal en utilisant la particule de prière qu’il affectionne particulièrement, l’abandon. De ce qui s’est passé ensuite, il n’a plus souvenir. Lorsqu’il a repris connaissance, le griffon le déposait dans une ruelle sombre. Il percevait très clairement les flammes et la chaleur d’une incendie toute proche mais devant lui absolument rien. Soudain quelque chose se déploya. Des milliers d’étoiles apparurent simultanément et se mirent à danser devant ses yeux. Une douleur fulgurante traversa ses orbites. Il tomba à genoux et sa vue explosa littéralement. Avant de perdre connaissance, il sentit une masse ténébreuse passer au-dessus de lui et se jeter sur le féal tout proche.

La chute de Sarliis est interminable. Il sent la peau de son dos craquer, quelque chose pousser et tenter de se déployer sous ses vêtements. La douleur est intense. Dans un dernier réflexe, il parvient néanmoins à s’accrocher au rebord du toit. Il combat la pulsion qui le pousse à se laisser aller dans le vide et fait l’effort de se hisser sur les premières tuiles. Tout en reprenant son souffle, il passe sa main sous ses vêtements. Il sent des plumes. Des ailes encore imparfaites et faiblardes prennent dorénavant naissance au niveau de ses épaules. Reprenant ses esprits, il observe le spectacle qui s’offre à lui. « Sire » est au prise avec une masse sombre que la lumière de l’incendie ne parvient pas à éclairer. Le moine caladrien prend son arc et encoche une flèche. Impossible de viser quoi que ce soit. Il ferme alors les yeux et se lance dans une méditation brève mais intense. Soudain la forme se détache nettement devant lui. Il ne l’a jamais aussi bien vue. Il tire et la flèche va se planter dans le gigantesque paon.

Liopleurodes se relève lentement. Sa vision est éclatée et il tremble de tous ses membres. La ruelle est toujours aussi sombre mais il perçoit plus distinctement à l’aide de ses barbillons empathiques une autre présence que la sienne, une jeune femme et il n’a aucun doute sur son identité. Il l’appelle mais elle prend peur et tente de s’échapper. Il l’a poursuit quelques instants avant de la perdre. Elle est incompréhensiblement plus rapide. Elle marmonnait ou psalmodiait d’une voix blanche. Il doit se faire une raison, elle s’est éclipsée.

Tiberius sent monter en lui une pulsion qu’il ne parvient pas à contrôler. Elle le pousse à jeter son griffon et son équipage dans le combat même si l’issue lui semble suicidaire. Le choc est violent mais parfaitement maitrisé. La masse sombre est projetée au loin et semble se dissoudre pour ne plus réapparaître. Le combat est déjà terminé. Tout autour de lui, c’est le chaos. Personne ne semble se préoccuper de maitriser l’incendie. Le premier griffon agonise sur une petite place où il a finalement échoué. Ses deux compagnons survivants atterrissent auprès de lui. Tibérius n’a que le temps d’entrapercevoir la figure de celui qui montait réellement l’autre monture ailée avant que ce dernier ne fuie à grandes enjambées.
Dernière modification par CANARD le sam. janv. 26, 2013 9:24 pm, modifié 3 fois.
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