Voilà ce que raconte mes joueurs de leur table d'Oltréé.
Ce printemps 1152 avait à peine 3 jours et le mois du Dragon s’annonçait plutôt bien dans cette bonne vieille ville de La Nouvione. Malheureusement, un archiviste qui ne savait sans doute pas quoi faire avait trouvé dans ces vieilles paperasses la trace d’un fortin patrouilleur abandonné à près de 90km de là. Notre commandant, n’ayant visiblement pas plus de boulot que l’archiviste, décida de se dégourdir les arpions et d’aller retaper cette bâtisse, reliquat de notre gloire passée. L’imbécile ne voulut pas partir seul et eut la mesquine idée d’embarquer 19 autres patrouilleurs dans son odyssée insensée.
Nous avions fait à peine 30 lieux que nous constations que le mois du Dragon portait bien son nom. Sa teinte était d’un magnifique vert, presque du même vert qu’affichaient nos visages effarés. Les patrouilleurs les plus expérimentés, ayant perdu toute raison -le gâtisme chez les patrouilleurs semble survenir très précocement-, décidèrent de lui faire comprendre que nous n’étions pas son souper. Les 5 plus jeunes, animés par le besoin impérieux -et soudain- de remettre en état le fameux fortin, se proposèrent de laisser leurs aînés régler ce petit malentendu. Le commandant, grillé à sec par le premier souffle du dragon, leur donna son accord avec enthousiasme. Je cite de mémoire : « Argh...! ».
Ainsi, forts de ce feu vert (le même vert que précédemment), les 5 jeunots fui… se hâtèrent vers leur objectif.
Qui étaient ces sombres héros (le danger n’empêche visiblement pas les plus mauvais jeux de mots) ?
- le sidhe Corneille, alchimiste et marchand, à la gouaille généreuse, jaugeant chaque compagnon à l’aune de l’accessibilité de leur jugulaire
- le sidhe Caranthin (prononcez CaLanthin : les linguistes sont parfois excessivement facétieux), barde, guerrier, et même berserker à ses heures perdues
- le docte et dévot Derath (on s’aperçut vite que si sa race était impériale, ses soins ne l’étaient pas …)
- l’archer Néréo (ne jamais se mettre entre lui et sa cible faute de quoi il s’improvise acupuncteur avec votre postérieur)
- le druide Nahor (on comprit rapidement pourquoi le commandant l’avait appelé, dans un élan d’affection, « le Boulet »)
Après une nuit de repos (bien méritée ?), ils tombèrent chemin faisant sur un trio de bâtiments en ruine. N’écoutant que leur devoir et oubliant que la curiosité est parfois un très vilain défaut, les 5 patrouilleurs décidèrent de voir cela de plus près. Les ruines étaient envahies par une herbe nommée Coquelicus sanguinis (fleur de Dracula pour le commun). Ne connaissant pas les propriétés de cette plante, Corneille réussit à convaincre Cal d’en manger lui prédisant un gain de puissance. Malheureusement, seul le tube digestif de notre guerrier sembla profiter de cet effet positif foudroyant.
Là-dessus, 6 jeunes loups déboulèrent à la surprise générale. Nahor et Néréo faillirent y passer avant même le début des hostilités. Derath se pressa de soigner Nahor via une soi-disant imposition des mains. Cela s’avéra tellement efficace que des propos teintés d’admiration fusèrent : escroc, incompétent, arnaqueur, jean-foutre … Rouge de honte (ou de colère), Derath voulut se défouler sur un des loups. Son attaque eut la même conséquence que ses soins : le ridicule de son auteur. Fort heureusement, à l’inverse des loups le ridicule ne tut pas (mais peu s’en faut parfois).
Pendant ce temps, le marchand prenait de la hauteur grâce à un hêtre voisin afin d’être tranquille et de noter tous les effets de la fleur de Dracula sur Cal qui de son côté défouraillait à tire-larigot. Après quels coups bien placés de Cal, Néréo et Derath (qui avouait ainsi qu’il savait bien mieux se battre que soigner), et sous le couvert des insultes de Nahor (après avoir habillé Derath pour l’hiver et perdu sa lance dans une attaque foireuse, il avait détourné ses jurons sur les loups), les bêtes survivantes fuirent la queue entre les jambes, tels des patrouilleurs devant un dragon.
Une fois débarrassés de ses hôtes inconvenants, les patrouilleurs fouillèrent les ruines et découvrirent en sous-sol un lieu de culte déserté depuis des lustres et voué semble-t-il à une divinité appelée « le dragon liche ». Y était présente de la feuille de Dracula séchée. Cal s’empressa de fumer cette herbe histoire d’en juger les effets. Ses intestins, déjà avivés par la fleur à l’état naturel, rendirent l’âme au grand désarroi des chausses du guerrier et du nez délicat de ses compagnons … Mais cela ne pouvait arrêter nos braves aventuriers, qui continuèrent à explorer le souterrain, ne manquant pas de déclencher un piège mortel, deux fois. Ils arrivèrent finalement dans une salle imprégnée de magie (« ouah regardez les torches s’allument toutes seules ! ») et découvrirent un mécanisme, semblant utiliser les fleurs de Dracula séchées combinées à la magie des lieux pour produire un liquide couleur sang. Cal, fidèle à lui-même n’hésita pas un instant et en avala plusieurs gorgées. Ce qui contre toute attente lui redonna de la vigueur, non sans un mal de tête cuisant. Les patrouilleurs décidèrent d’emmener quelques fioles dudit liquide, et sortirent de ces ruines pour continuer leur chemin.
Quelques kilomètres plus loin, un cercle mégalithique se fit jour au sommet d’une colline. Des individus encapuchonnés priaient autour de ce lieu mystique proférant des chants liturgiques abscons (même pour notre prêtre). Corneille entamait le dialogue avec ces personnes alors que les autres patrouilleurs forts suspicieux se demandaient quand est-ce que la situation dégénèrerait. Or, miracle, les échanges bien que peu instructifs ne menaient à aucune catastrophe. Les dévots étranges se présentèrent comme des membres du culte du Dragon Liche et nous offrirent une tisane de fleur de Dracula. Bien entendu, seul Cal la but malgré notre réprobation. La boisson se révéla lénifiante au possible ce qui nous força à porter notre guerrier sous le regard vide et inquiétant des sectateurs.
Parvenant enfin à notre objectif, nous vîmes un spectacle affligeant : des pals jalonnaient la route jusqu’au fortin et chacun était orné par le cadavre d’un humanoïde, qui en plus d’avoir été guéri de ses hémorroïdes de la façon la plus brutale qui soit, avait été écorché (vifs ?). Il y avait là des fées, des humains et quelques longues-barbes. Notre poisse nous collant à la peau, le fortin s’avéra occupé par des skavens qui nous repérèrent aussitôt. Nous pûmes tout de suite alpaguer une patrouille de chasseurs qui revenait avec son gibier, nous permettant de nous débarrasser de 5 hommes-rats. Parallèlement à cela, Cal montrait dans un geste provoquant son postérieur aux assiégés qui tentèrent une sortie. Néréo (et Derath à une moindre mesure) stoppèrent prestement cette malheureuse initiative. Le druide fut très intrigué de voir que tout semblait bien se passer. Mais évidemment, les choses tournèrent rapidement au vinaigre. Notre alchimiste se rappelant d’une vieille incantation, il nous téléporta directement dans le fortin au milieu des 15 skavens surpris mais malheureusement nullement impressionnés. Rendu fou par un coup de pied aux miches magistral du druide, Cal se jeta dans la mêlée estoquant à qui mieux-mieux. Pendant ce temps-là, le marchand sécurisa les arrières (très très en arrière), l’archer grimpa sur une tour libérée par le faux soigneur/vrai combattant Derath. Devant une telle débauche de violence, les skavens rompirent les rangs et quittèrent le fortin. Il ne restait plus qu’à virer leur chef de son trône, ce qui fut fait en 2 temps trois mouvements par notre guerrier.
Le fortin fut donc repris et notre marchand installa ses étals (délaissés par des skavens en fuite malgré une diatribe propagandesque hors-pair de Corneille).
Comme le dit Corneille (le sidhe), « nous partîmes vingt et par un prompt dragon, nous nous vîmes cinq en arrivant au fort ».
Après avoir débarrassé notre fortin des hommes-rats, nous avons commencé à remettre en état les lieux pour les rendre plus présentables et habitables. Telle n’a pas été notre surprise de voir débouler 2 autres patrouilleurs ayant survécu à la rencontre avec le dragon susmentionné : Raskar Kapak, nez-de-cuir, berserker monteur de sanglier (un goret nommé Marguerite) et Edan, humain et rôdeur. Il semble qu’ils se soient perdus après avoir rompu les rangs d’où leur retard. Quand on sait que l’un d’entre eux est spécialiste en survie en milieu naturel, on est en droit de s’inquiéter quant à leurs réelles capacités. Au moins ne dépareillent-t-ils pas d’avec leurs 5 compagnons.
Nous étions donc 7 olibrii, coupés de notre base et sans ressource. Restait à définir la suite à donner à notre expédition malheureuse. Nous avons isolé 2 possibilités : sécuriser les alentours du fortin (pour rappel de nombreux skavens nous avaient échappé) et porter secours au village de pêcheurs situé au sud et livré au pillage de pirates véhéments. Après avoir récusé l’idée émise par Cal le guerrier d’égorger les pêcheurs et de mettre à sac leur village, nous avons opté pour la première idée. Nous en avons profité pour faire un bref rappel sur les devoirs et engagements des patrouilleurs à notre gros bourrin de service (de sévices devrais-je dire). Il fut décidé que 2 d’entre nous resteraient au fortin, Corneille et Nereo en l’occurrence.
Il faut signaler, qu’outre le fait de faire le boulet, le druide avait invoqué un élémentaire d’eau que tout le monde pensait corvéable à merci et voulait utiliser pour les occupations les plus pénibles et stupides. L’enfant du titan Shedinath, dont l’esprit est bien plus développé que celui des patrouilleurs, s’est ainsi fait une bien piètre idée de l’intelligence de « tous ces bipèdes écervelés ».
Après avoir sillonné les plaines mitoyennes, nous avons découvert une vaste installation masquée par le relief semblant accueillir des ateliers de verrerie. Nous y avons trouvé le tristement célèbre et récurrent symbole du culte du dragon-liche. Rien n’était malheureusement utilisable pour notre alchimiste Corneille mais nous trouvions une trappe permettant d’accéder au sous-sol. Nahor se luxait l’épaule aussitôt en voulant l’ouvrir, lui donnant ainsi une excuse pour pousser une beuglante prompte à alerter tout adversaire à moins de 2 km. Edan prenait les choses en main en même temps que la trappe, mettant à jour une échelle métallique que les patrouilleurs décidaient de descendre. A mi-chemin, les barreaux de l’échelle étaient imprégnés d’une substance visqueuse évoquant du sang en partie coagulé. A son contact, une partie des patrouilleurs commençait à se plaindre de fatigue. Arrivés en bas et parcourant un long couloir, les héros de pacotille croisèrent la route d’une goule qui s’éprit du guerrier, au plus grand désarroi de ce dernier. Ce coup de foudre faillit bien être mortel mais à la sidération de tous Derath tripota nonchalamment Cal avec succès ! Ceci lui permit de recouvrer une vigueur nouvelle. Serait-il effectivement guérisseur ?
La partie la plus éloignée du couloir était plongé dans l’eau. Heureusement l’élémentaire joua les Moïses autorisant ainsi l’accès à une grande caverne dans laquelle était présente une statue représentant un dragon-liche. Toutefois, plusieurs zombies vaquaient alentours et entreprirent séance tenante d’occire les arrivants. Pris d’une allégresse sans doute peu appropriée, Raskar chargea un groupe de zombies. Le sort de « Peau de pierre » lancé préventivement par l’élémentaire lui permit de survivre à cet excès d’enthousiasme. Derath fit chanter son arc avec succès. Son cri de joie fit s’écrouler une portion du plafond sur un groupe de zombies et … sur Raskar. Edan et Cal finirent dans les secondes qui suivirent les derniers morts-vivants. Détails piquants : les zombies et la goule portaient des oripeaux, reliquats de tenues de patrouilleurs. Cela nous renvoyait une terrible image de notre avenir possible. Parallèlement, Derath, s’étant frotté de trop près aux zombies, s’imprégnait de leur douce odeur, au grand ravissement de ses compagnons et de leurs estomacs. Information intéressante, nous avons trouvé dans une niche des documents parlants d’une île volante sur laquelle se trouvent un temple voué au dragon-liche et une prison dirigée par son culte.
Sortant de cette ruine, il ne nous fallut pas 2 heures pour croiser d’autres patrouilleurs ayant mal tourné. Toutefois, ceux qui nous tombèrent dessus s’étaient détournés de notre profession de foi, non pas suite aux manipulations d’un vil nécromant, mais de par leur propre volonté. Nahor, pensant pouvoir faire revenir ces renégats dans le giron de l’empire, se précipita à leur rencontre et se cassa minablement la figure en arrivant à leur hauteur, offrant ainsi son cou à la vindicte des brigands. Il fallut un véritable miracle pour que leur assaut ne soit pas fatal. Fort heureusement, l’efficacité martiale de Cal, Derath, Raskar et Edan compensèrent l’incompétence du druide et tous les scélérats passèrent l’arme à gauche dès la première passe d’arme.
Dans l’après-midi, nous retrouvions nos amis les skavens. Ils étaient en train de mettre à mal une caravane de marchands. Après leur extermination, nous pouvions enfin nouer des liens cordiaux avec d’autres personnes (toutes les précédentes rencontres avec une espèce un tant soit peu intelligente s’étaient soldées par un massacre en règle). Les marchands, dirigés par un certain Stolir Traxt, nous apportèrent des nouvelles de l’ouest et du sud. Ils nous parlèrent notamment de Soudati, cité elfique située dans une forêt proche.De notre côté, nous les avons assurés de notre soutien et de notre aide lors de leur passage dans notre secteur et nous leurs avons demandé de faire circuler l’information comme quoi les patrouilleurs impériaux étaient de retour dans la région. Il va de soit que du fait des flagrances émises par Derath, celui-ci fut vivement incité à ne pas participer aux débats.
En fin de journée, les premiers signes annonciateurs d’une violente tempête se firent jour. Pour parvenir le plus rapidement possible à leur fortin, les patrouilleurs firent une nouvelle erreur : compter sur la compétence de l’un des leurs, Edan le rôdeur en l’occurrence. Bien entendu, ils se paumèrent dans la brume. Le sortilège de Nahor visant à créer un campement sûr et protecteur pour la nuit foira pitoyablement et les patrouilleurs purent profiter du grand air pendant toute la nuit. Angine et rhume furent la récompense de cette virée nocturne.
Enfin, crachant et toussant, les fidèles patrouilleurs purent réintégrer leur logis sous le regard goguenard et navré de Corneille et Nereo.