Qui Revient de Loin a écrit : ↑sam. nov. 29, 2025 5:47 pmIl y a suffisamment (une majorité ?) de MJ qui disent aimer/vouloir lire un texte littéraire pour reconnaître que c'est une fonction attendue et légitime.
Et en vérité essentielle. La particularité du scénario rôliste en tant que texte est qu'il doit donner envie d'être joué. Il faut qu'à la lecture, le meneur éprouve le désir de le porter à sa table. Et ce doit être un désir brûlant car le coût et le risque sont élevés. D'une part, la maîtrise est un gros boulot, qui suppose un vrai investissement personnel. D'autre part, s'il y a foirade, le meneur aura pourri sa soirée et celle de ses potes. Qui voudrait gâcher le plaisir de toute une table ?
Y'a pas à tortiller, pour susciter le désir, il faut séduire. Et pour séduire, les modes d'emploi, ça marche moyen. La littérature est nettement plus puissante, mais alors nettement. Parce que pour plaire, jamais tu ne parles le langage de la raison. Tu veux susciter l'émotion, enflammer l'imagination. Ça, un mode d'emploi le fait très mal. Il y a donc une forte tension interne au scénario rôliste en tant que texte car il doit remplir deux fonctions très différentes et passablement antagonistes, susciter l'envie de jouer et servir d'aide de jeu durant la partie. La quadrature du cercle.
Exemple concret. JB m'achète S6. Il s'y trouve Camlann, un scénario arthurien qui, lorsqu'il le lit, lui tape dans l’œil. En tant qu'auteur, je viens de réussir mon jet de séduction. Lucky me, mon texte lui a grave donné envie de le mener. Mais pour le porter à sa table, il doit le décortiquer. Il prend donc des notes (il a montré son aide de jeu dans la vidéo de Vieux Geeks). C'est *exactement* ce qu'on doit faire avec chacun de mes scénarios : le lire avec attention, puis l'annoter. Ce n'est pas pour rien que j'imprime en noir sur blanc, avec des polices ultra lisibles et sans texture de fond. On peut ainsi facilement écrire sur mes zines, les surligner et voir parfaitement le résultat à table, même éclairé à la bougie. Si on est fétichiste du papier et qu'on ne veut pas abîmer sa revue, on prend des notes sur une feuille volante, ce qui revient quasi au même.
Du coup, la question est : pourquoi ne pas fournir d'emblée ce petit résumé technique, de façon à épargner de la peine au meneur ? Après tout, je livre souvent beaucoup d'autres aides de jeu avec mes scénarios. Une de plus, une de moins... Si je ne le fais pas, c'est parce que je pense que ça ne fonctionne pas. Les notes de JB marchent à la table de JB parce que ce sont les siennes. C'est son mode d'emploi à lui pour faire son Camlann à lui. Il va fonctionner du tonnerre à sa table parce qu'il l'a produit lui-même. Peut-être même qu'il ne va pas y jeter un seul coup d’œil durant le jeu car ce qui compte réellement, c'est le travail d'appropriation qu'il a fournit. Prendre des notes lui a mis sa version de Camlann dans la tête.
Tout cela est hyper personnel car chaque meneur a des besoins spécifiques. Vraiment, quand on a le nez dans son guidon (son écran ^^), on ne se rend pas compte à quel point les demandes de chacun sont différentes. Pour ma part, je ne l'ai réellement compris qu'après avoir reçu de très nombreux retours très divergents sur mes textes. Le constat est que jamais ne je pourrai produire une aide de jeu qui réponde aux besoins de chacun. Il n'existe pas de mode d'emploi universel pour mes scénarios. À chaque meneur de faire le taf en sélectionnant dans mon texte les infos qu'il juge utiles.
De mon côté, je m'échine à écrire un texte qui raconte une histoire paralittéraire (ou plus exactement, une potentialité d'histoire, la nuance est cruciale) qui ait les meilleures chances d'accrocher le plus grand nombre. Ça, ça a des chances de marcher.