Foxfire (Annette Haywood-Carter, 1996) : des lycéennes victimes d'agressions sexuelles de la part d'un professeur décident de se rebeller grâce à Legs, une routarde charismatique qui vient d'arriver en ville.
Tiens, ça vient de poper sur Netflix. Tiens, j'ai jamais entendu parler de la réalisatrice. Tiens, c'est l'adaptation d'un roman de Joyce Carol Oates. Tiens, Angelina Jolie à 21 ans, avant la starification. Vendu ! Il est sympa comme tout ce
Foxfire. C'est donc l'adaptation très libre du roman
Confessions d'un gang de filles, le scénario décalant l'action dans les années 90. C'est d'ailleurs trèèèès 90's : la BO, les fringues, les débuts d'internet, on est en plein dans l'époque. Le film est une sorte de
coming of age qui voit quatre ados un peu paumées s'ouvrir et se découvrir au contact de Legs la vagabonde. Une grande amitié, et peut-être un peu plus, se crée entre ces cinq femmes très différentes. "Sororité n'était pas un terme très employé en 1996, mais on est en plein dedans.
Angelina Jolie est à tomber par terre en butch carrément borderline. Sa première apparition est filmée comme un western, une étrangère arrive en ville et ça va chier ! Quelle actrice talentueuse quand même, c'est dingue qu'elle ait aligné autant de mauvais films durant sa carrière, à ce niveau là c'est presque un cas d'école. Belle découverte également de Hedy Burress dans le rôle principal, elle n'a quasiment plus rien fait par la suite, comme la majorité du casting.
Alors ça reste tout petit, parfois maladroit, pas toujours très bien joué, la dernière partie se casse la figure, je sais pas, j'étais peut-être bien luné mais j'ai bien accroché. J'ai aucune idée de l'aura qu'a eu le film à sa sortie, mais j'imagine qu'il a dû être culte pour des adolescentes qui l'ont vu à ce moment là. La dynamique entre les filles est très chouette, la réalisation est travaillée, le propos est résolument moderne et il y a même quelques moments de grâce (la géniale scène des tatouages, la conversation entre Legs et Maddy sur le toit de la maison abandonnée). Et, si le film ne s'aventure jamais dans l'horreur ou le surnaturel, il me semble être une inspi tout à fait valable pour
Monsterhearts, en cochant pas mal de cases en commun : les ados mal dans leur peau, le difficile quotidien au lycée, les adultes démissionnaires et/ou dangereux, le sous-texte queer...
À noter que le roman de Joyce Carol Oates a de nouveau été adapté au cinéma de manière beaucoup plus fidèle en 2012 par Laurent Cantet avec le titre
Foxfire : Confessions d'un gang de filles.
Twin Peaks : Fire Walk With Me (David Lynch, 1992) : deux agents du FBI sont envoyés dans une petite ville de l'état de Washington pour enquêter sur la mort d'une jeune femme, Teresa Banks. Un an plus tard, Laura Palmer, lycéenne vivant à Twin Peaks, vit sans le savoir ses derniers jours avant d'être assassinée.
Je le connais par cœur, c'est mon Lynch favori. J'ai récemment eu l'occasion de le voir pour la première fois sur grand écran.
Avec la série
Twin Peaks, Lynch et Frost revisitaient, parmi quantité d'autres choses, l'histoire de la télévision américaine. Les aléas et les impératifs des producteurs ont fait qu'elle s'est arrêtée prématurément, Lynch abandonnant peu à peu le navire lors de la saison 2. Le film commence par un plan d'une télé cassée à coups de hache. Comme ça c'est clair, le boss revient aux manettes. Avec cette préquelle (un procédé pas si courant à l'époque) Il subvertit totalement l'identité de la série en proposant un film terrifiant, d'une noirceur absolue, qui revisite des scènes du show et des éléments précédemment acquis par les téléspectateurs en mettant en pièces tous leurs repères.
La première partie est une relecture méta de la série, avec ses agents du FBI bien loins de Dale Cooper et sa ville, Deer Meadows, sorte de négatif de Twin Peaks. La seconde partie s'intéresse à Laura Palmer, qui pour rappel était morte dès le début de la série. L'actrice Sheryl Lee a enfin l'occasion d'incarner Laura et elle le fait magnifiquement bien. C'est un personnage magnifique qui prend vie ici, d'une grande humanité malgré les horreurs qu'elle traverse. D'ailleurs, si le film est d'un pessimisme total, il n'est pas exempt d'espoir. Grâce à Laura donc, mais aussi à Dale Cooper ou la la sublime scène finale.
Twin Peaks : le Retour, la troisième saison tardive de la série, doit beaucoup au film, reprend son atmosphère de corruption totale et aborde à nouveau le mal absolu qui dévore les humains. "We are living in a dark, dark age" dit Janey-E.
