Belphégor a écrit : ↑jeu. juil. 16, 2026 12:34 am
Aujourd'hui j'ai regardé
Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, pour la simple raison que mon fil youtube s'es retrouvé spammé par des extraits de ce film et que j'ai laissé la curiosité triompher sur ma patience. Une œuvre donc qui arrive juste après
Drive que j'avais aimé sans tomber dans l'admiration béate non plus comme çà a pu être le cas pour certaines personnes, j'ai préféré les bouquins, et d'ailleurs c'est dommage que Driven ne sera jamais adapté, mais bref revenons au sujet.
Only God Forgives est le genre de film duquel je sort sans impression bonne ni mauvaise, une impression, mais une impression de quoi ? Et ben bonne question. Le film est travesti comme un roman noir, mais ce n'est qu'un décorum, car il s'agit en fait d'une espèce de fable lynchienne qui sert à dérouler un récit moralisateur (je dit çà au sens factuel du terme, ce n'est pas un jugement de ma part) où évoluent des personnages qui sont clairement plus des archétypes que de véritables personnes. On est moins dans l'ambiance du crime que celle du conte de fée, pas ceux des Disney par contre, mais plutôt ceux de Perault, là où le Loup est explicitement une métaphore du violeur pédophile.
NWR en parle comme un chef d'œuvre et n'hésite pas à l'agiter sous le nez de William Friedkin en disant qu'avec ce film il se hisse à son niveau, suite à quoi l'américain répond qu'il faudrait enfermer son homologue danois dans un hôpital psychiatrique. Ne partageant pas l'enthousiasme du réalisateur pour son œuvre, je me contenterais de dire qu'on laissera l'Histoire juger de la postérité de ce film.
Pour ce qui est de vous, cher lecteur, je dirais qu'il y a probablement une chance sur deux que vous trouviez que ce film soit la pire daube que vous ayez vu de votre vie, et il serait difficile de vous en vouloir. c'est clairement un film radical fait sans aucune concession. Pour ma part, je ne considère pas avoir perdu mon temps avec film, puisqu'il a le bon goût de ne durer qu'une heure et demie (ce qui est salvateur, aujourd'hui on aime bien faire des films de 3H juste pour flex) et qu'il a quand même des éléments intéressants, en terme visuel, en terme narratif. Mais je n'arrive pas à m'enlever de la tête qu'avec ce film, on n'a pas autre chose que NWR qui se tape un délire pendant une heure et demie.
D'abord pourquoi çà se passe en Thaïlande ? Le récit fait explicitement appel à une imagerie judéo-chrétienne … tout en se plaçant dans un pays de culture boudhiste … quitte à parler de ville corrompue par la pègre, çà aurait très pu se passer à Levallois-Perret sans que çà ne change quoi que ce soit.
Ensuite, je ne sais pas si çà vaut pour toutes les éditions du film, mais moi sur mon blu ray, les dialogues du fameux "Chang" ne sont pas sous titrés, ce qui pour moi nuit très fortement au film. D'ailleurs pourquoi il s'appelle "Chang" ? C'est commun d'avoir un nom d'origine chinoise en Thaïlande ? Je suis très sceptique mais bref. Ne pas sous titrer les dialogue en thai, çà fait très artificiel juste pour donner un coté "cool et mystérieux" alors qu'il n'y a rien de mystérieux à ce que des thaïlandais parlent thaï … en Thaïlande … bordel de merde. Et d'ailleurs pour la même raison les crédits ainsi que le titre sont écrits en thaï. Et pour rajouter du bordel sur la confusion, j'ai toujours pas compris c'était quoi le délire avec le karaoké, une espèce de métaphore sur la messe ?
Enfin le côté visuel du film est quand même vraiment too much, alors çà se justifie dans les scènes oniriques, où celles qui se déroulent dans les rues de bangkok et çà rend d'ailleurs vraiment très bien (il faut applaudir le chef op), le problème c'est que quasiment toutes les scènes sont éclairées de façon ultra dramatique, même quand c'est complètement con. Genre par exemple le bureau de Julian où la lumière rouge n'éclaire absolument pas son bureau, c'est à dire le meuble en bois où il est censé écrire, j'espère qu'il ne remplit pas ses impôts là dedans parce que çà doit niquer les yeux. NWR revendique l'influence de Joddorowsky, pour qui le film est dédié ce qui ne me convainc pas des masses. Parce que quand Joddorowsky fait appel à une narration opaque et ésotérique, c'est pour servir le propos de son œuvre, car Joddo fait çà dans le but d'imiter les textes religieux. Quand NWR fait une narration opaque et ésotérique, il le fait parce qu'il trouve çà cool, pas parce que çà sert le propos de son film. Il ne faut surtout pas tomber dans le piège d'une intellectualisation de
Only God Forgives car il n'y a pas de sens caché, au delà de concepts superficiels comme le pardon de Dieu ou que sais-je.
Un dernier mot sur le personnage de la mère qui semble tout droit sorti d'un comics de Garth Ennis, je précise que ce n'est pas un compliment de ma part. Et "Chang" aussi qui semble sortir d'un JV de Hideo Kojima.
Bon j'ai pas mal dézingué ce film, mais je ne le trouve pas mauvais loin de là, parce que malgré tout y a quand même du bon, notamment pour ce qui est de son personnage principal "Julian". Parce que le personnage campé par Ryan Gsoling est vraiment l'inverse de celui de Drive, en fait c'est un faux protagoniste, c'est le personnage qu'on suit dans le récit (et encore, pas tant que çà en fait) mais le vrai protagoniste c'est bien "Chang".
Only God Forgives est une histoire de vengeance, un peu à la John Wick, mais qu'on suivrait du point de vue d'un homme de main lambda. Car Julian EST un mec lambda, fort médiocre qui plus est, il essaie désespérément de devenir un male alpha, ou plutôt ce qu'il croit être un male alpha, c'est à dire un gros dur qui fait du Muay Thai et qui emballe les gonzesses. Sauf que pour NWR les criminels ne sont pas des males alpha, ce sont des merdes, et donc Julian essaie mais échoue à accéder à ce standard de virilité, il n'arrive pas à bander pour satisfaire sa copine, sa mère l'humilie à cause de la taille de son pénis, et il se fait défoncer à la boxe par un petit vieux quinquagénaire ; il finira d'ailleurs par complètement renoncer à cette idéal lorsqu'il l'amènera à tuer des enfants. Le jeu d'acteur minimaliste (pour une pas dire inexistant) de Ryan Gosling vient encore renforcer cet aspect, car ce mec est en fait juste une coquille vide, un type bête et méchant, mais qui en fait n'a rien pour lui.
Et du coup, je ne sais pas comment conclure cette critique, pour la simple et bonne que je ne sais pas qui voudrais regarder ce film ? Les fans de NWR ? Ils n'ont pas besoin de moi pour se laisser convaincre. Les gens qui veulent continuer après Drive ? Certainement pas, vu que ce film en est l'antithèse. Que reste t'il alors ? Les thaïlandais ? Les fans de Muay Thai ?
Bref, un film que décidément je n'arrive pas à cerner, si tant est qu'il y ait quoi que ce soit à cerner.