Sammael99 a écrit : ↑mar. mars 03, 2026 10:15 am
Cuchurv a écrit : ↑jeu. févr. 26, 2026 2:24 pm
Le bureau des Affaires occultes tome 1 par Eric Fouassier
C'est là que je vois à quel point je suis devenu difficile sur les polars (et particulièrement les polars historiques).
Ce bouquin (pour moi) est une abominable bouse. Et malheureusement, il fait partie d'une série de polars historiques parisiens qui semblent se tirer la bourre pour être tous plus mauvais les uns que les autres.
Je me rends compte que la critique que j'avais publié (
https://benfelten.blogspot.com/2023/05/ ... -eric.html) était minimaliste, dans le genre "ça vaut même pas le coup que je m'emmerde à dire à quel point c'est mauvais", mais bon...
J’ai une relation d’amour-haine avec les « polars historiques ».
Je suis un grand amateur de polars (au sens très large), de très longue date. J’avais mis un pied dans les romans policiers avec des livres-jeunesse (le Club des Cinq), puis des classiques français comme L’aiguille creuse de Maurice Leblanc, avant de passer au hard-boiled avec Hammett ou Chandler. Il me semble que mon premier « polar historique » a été Saint Peter’s Fair d’Ellis Peters. Par la suite, j’ai souvent acheté des « polars historiques » dans le catalogue « 10/18 Grands Détectives », et j’en ai lu en VO dans les deux langues que je manie bien, l’anglais et l’espagnol.
Pour le dire rapidement, et sans analyse vraiment fine, je m’avancerai à dire que sur 10 « polars historiques », 1 m’enthousiasme vraiment, 2 m’accrochent bien, 2 me font pousser un coup de gueule, et les autres me tombent des mains.
Dans un blog dix-huitiémiste que je tenais il y a « longtemps » (à l’échelle des médias en ligne, la quinzaine ou la vingtaine d’années, c’est « il y a trèèèèèès longtemps »), j’avais donné des coups de canif à deux « polars dixhuitiémiestes » (qui se trouvaient être du même auteur). L’un de mes deux billets (Voir Yorktown et mourir… d’ennui) m’avait valu une réaction directe et publique de son auteur dans les commentaires du billet, qui trouvait que je m’attaquais davantage à sa personne qu’à son livre. Aujourd’hui, je ne changerais rien – ni en forme ni en forme - à ce que j’avais écrit à l’époque sur ces deux livres (l’autre billet était Un goût de vase dans la lagune.
Mais, depuis, j’ai continué à lire des polars historiques, et j’en ai lu que j'ai trouvés pires encore. Le tome 4 du Bureau des affaires occultes, intitulé Le chant maléfique (avec ses rumeurs de meurtres commis par des Thugs dans la verte Vendée, il fallait oser !) fait partie de ces derniers. Comme quoi, on peut toujours creuser plus profond…
Pour qu’un polar historique m’enthousiasme, il faut qu’il combine une intrigue solide, une plume enlevée, et une utilisation de l’univers historique qui ne soit pas un cours d’histoire mis dans la bouche de tel personnage ou de tel autre.
Quelques exemples parmi d’autres :
- A Conspiracy of Paper / Une conspiration de papier, de Davis Liss, sur des magouilles politico-financières au moment de la « bulle spéculative » des compagnies des mers du Sud au début du 18e siècle ;
- les polars romano-antiques de Lindsey Davis, dans l’empire romain sous Vespasien et ses fils. A mes yeux, c’est du « hard-boiled » en toge, avec « détective » désabusé, dialogues ironiques, variété des intrigues, etc.
Malheureusement, une grande majorité des polars historiques ont, à mon sens, des intrigues tellement molles du genou que l’ennui m’assomme irrémédiablement. Parfois, l’intrigue est très alambiquée en surface (mille et une fausses pistes, des méchants plus caricaturaux que ceux des pires films de James Bond, etc.) pour en cacher l’indigence du fond.
Quant aux romans où le cadre historique est dévidé – de manière très artificielle - dans des monologues ou dialogues de personnages de premier ou de second plan, je trouve qu’ils ne constituent ni de bons romans, ni de bons livres d’histoire, mais des hybrides boiteux.
Un autre aspect qui me gêne dans certains « polars historiques » (et de certains romans historiques, plus largement) est ce que j’appellerais un « militantisme de plume » ; je désigne, par-là, le procédé qui consiste à incorporer des personnages au travers desquels l’auteur ou l’autrice défend une cause d’aujourd’hui sous un angle qui me fait totalement décrocher de ma lecture, tant les ficelles sont grosses et de peu de cohérence avec ce que je pense être le monde qui sert de cadre au roman [oui, je prends la précaution d’écrire « ce que je pense être »]. Je ne juge pas la légitimité de la cause ou du militantisme, mais je n’accroche pas au procédé d’une réécriture de l’histoire pour qu’elle soit moins inégalitaire, plus inclusive, plus ceci ou moins cela, qu’elle ne l’a été (pour autant qu’on sache).
Mais, je le reconnais sans détour, j’ai encore plein de polars historiques dans ma « pile de livres à lire », tant en papier qu’en numérique. Encore de belles occasions de coups de cœurs et de coups de gueule !
